As-tu le Bébé power ? 6 clés pour conquérir le monde

Depuis que j’ai des enfants, je suis frappée par leur capacité à acquérir beaucoup, en très peu de temps.
En 3 ans, ils passent de cette chose immobile et entièrement dépendante à un vrai enfant humain : qui sait parler, marcher, manger, s’habiller, penser, inventer des blagues, écrire et même prendre des décisions (cf. « Terrible two »… et « three », et « four » aussi).
Alors que moi, avec mes 32 ans (et 28 dents), j’ai l’impression qu’il me serait de plus en plus laborieux de partir de zéro pour apprendre quelque chose de complètement nouveau.
Pourtant je sais, au fond, que l’incroyable capacité à apprendre et à se dépasser n’est pas propre uniquement au bébé. Mais qu’elle est le fait du cerveau humain, qu’il soit jeune ou moins jeune.

Alors j’ai observé mes enfants. En songes, j’ai repassé le film de ces dernières années : où ils ont tant avancé, tant appris, et si bien développé leurs savoir-faire. Et j’ai cherché quelles techniques je pourrais leur emprunter pour retrouver la capacité à apprendre, à foncer, et à acquérir ce dont j’ai besoin. Ce dont j’ai envie.

Au terme de cette analyse, j’ai extrait pour vous le secret du dépassement de soi à la mode Bébé.

Il tient en 6 points clefs :

1.« TOUT CE QUE JE SAIS C’EST QUE JE NE SAIS RIEN » – Ou le dogme de l’ignorance

Lorsque je suis devenue maman, j’étais dans cette période de ma vie où j’aurais pu m’installer dans un confort qui se consolidait davantage chaque année.

J’aurais pu me satisfaire de mes acquis, tels quels. Et faire avec. Pour toujours. Sans plus, sans moins.
J’aurais pu.
Et puis j’ai eu des enfants, et j’ai compris deux choses essentielles :

  1. Que je ne savais rien
  2. Que je ne savais rien

On dirait que j’ai écrit deux fois la même chose, mais il n’en est rien.

Le petit 1- fait référence à l’humilité du jeune parent : quelle plus belle occasion que la parentalité pour confronter l’être humain de plein fouet à l’insoupçonnable étendue de son ignorance ?…

Le petit 2- évoque, quant à lui, la magie de la toute petite enfance. Et c’est de cela que j’ai envie de parler aujourd’hui.

Et quand je dis « magie », je ne parle pas uniquement de cet univers de tous les possibles où, par un heureux hasard orthophonique, « Sandale » et « Chantal » deviennent, à l’oral, exactement le même mot (: « Chotal »).
Le bébé a un pouvoir extraordinaire. Parce qu’il ne sait rien. Parce qu’il a tout à apprendre. Armé de la certitude de n’être sûr de rien : il va tout explorer sans se limiter, sans fermer les portes avant d’avoir essayé de les ouvrir.
La pleine conscience de sa propre ignorance est sans doute ce qui permet au bébé d’ouvrir tous ses capteurs en grand et d’apprendre de tout et de tout le monde.

Moralité : si nous oublions que nous savons déjà plein de choses, nous faisons de la place pour laisser entrer ce que nous ne savons pas encore. C’est presque scientifique, en fait : si je suis persuadée que je sais déjà, je ne pense pas avoir besoin d’apprendre davantage. Donc je n’apprends pas. Je me fige.

2.LE MUR – Ou la religion de l’échec

A-t-on vu quiconque, à part un bébé apprenant à se déplacer seul, se prendre des murs en pleine face et à longueur de journées avec un entrain aussi imperméable au doute et au découragement ?
Ils contournent le mur au pied duquel ils se trouvent coincés… Ou l’escaladent, le plus souvent avec une ingéniosité aussi inattendue qu’effrayante.
Aucun front cabossé, aucune lèvre fendue n’alièneront la volonté du bébé : qui n’amoindrira ses efforts que le jour où il aura trouvé comment réussir ce qu’il a entrepris de faire sans se prendre un mur.

Nous les vieux, nous avons développé un talent pour voir le mur à des kilomètres. C’est pratique (: moins de bosses). Mais bien souvent, malheureusement, nous nous servons de cette capacité pour ne surtout pas y aller. « J’peux pas », « chuis coincé », « ça marche pas », « Je sais pas ce qu’il y a derrière le mur alors j’y vais pas».
Et pourtant, comme nous le montre le bébé : le mur, c’est pas grave. Tu te le prends dans la figure ? Tu te relèves et tu tentes autre chose. Tu te retrouves coincé ? Tu fais le tour ou tu escalades. Dans tous les cas, tu apprends et te dépasses. Tu vis, en vrai de vrai.

Moralité : quand nous entrevoyons un mur, nous devrions faire comme le bébé et foncer droit dedans le plus vite possible. Nous nous offririons ainsi la possibilité d’échouer vite, oui, mais pour réussir vite. Hé ouais.

3.LE LANGAGE – Ou comment dire « fuck » au Qu’en dira-t-on

Bébés, nous avons appris une langue en partant de zéro : depuis le stade où nous ne savions même pas articuler des mots. Il nous a fallu un an, parfois moins, pour nous lancer et tenter nos premières sorties (en général : « Papa »… pff…).
Et il nous aura fallu 3 ans seulement pour tenir une conversation plus ou moins cohérente, entrer à l’école : et apprendre, vivre, interagir. Balaise, le bébé !
Après, il nous est arrivé quelque chose… Je ne sais pas quoi…
Beaucoup d’entre nous admettent qu’ils ont beau avoir fait 6 ans d’espagnol à l’école, ils seraient incapables d’êtres lâchés seuls et sans assistance dans Barcelone.
Mais comment il fait, le bébé ?!

Hé bien c’est simple : le bébé, quand il apprend à parler, est détendu de la pampers.
Là où nous rougissons de mal prononcer « Braïane ize inne tzeu kitchène », le bébé, lui, ne craint pas le ridicule.
Jamais.
Car il a deviné que c’était en osant, en se lançant sans réfléchir, et en multipliant les erreurs, qu’il arriverait enfin à acquérir complètement la langue.
Exemple concret : ce n’est qu’au terme de 300 tentatives audacieuses que ma fille comprendra qu’on ne dit pas « j’A mis MA cherre-tête », ni « tu me te donnes du ketcheuque dans ma chemoule ? ».
Le bébé apprend en faisant, et en se trompant. Il n’a pas honte, il ne s’excuse pas d’avance de son accent pourri.
Et pourtant, durant de nombreux mois, il va vraiment dire n’importe quoi.
Et pourtant il va apprendre très très vite à maitriser une nouvelle langue et même : à la déchiffrer, et à l’écrire.
Il en va de même pour l’apprentissage de l’autonomie, en général. Combien de narines remplies de purée de carottes faut-t-il pour qu’ils apprennent enfin à viser LA BOUCHE ?
À combien de pipis (voire pire) sur le carrelage, la terrasse, le lit, mon pantalon propre doit-on faire face avant qu’ils sachent se retenir jusqu’aux toilettes ?

Moralité : pour avancer vite et bien dans la vie, nous ferions mieux d’oser faire n’importe quoi, tant que ça ne fait de mal à personne. D’embrasser le ridicule, puisqu’il ne tue pas. Puisqu’on s’en fiche, au fond, de ce que pensent les autres. Et parce que si nous ne nous donnons pas l’occasion de faire fausse route, comment intègrerons-nous qu’en fait, il faut dire : « j’ai mis mon serre-tête ». Et qu’il faut attendre d’être assis sur la cuvette pour faire popot ? (Bien entendu, ceci est une métaphore. Quoi que..)

4.LE DESSIN – Ou la foi dans le mieux perpétuel

Le bébé ne s’impose aucune censure parce qu’il ne met pas son exigence de bien faire au même niveau que nous.
Du coup, il fait sans se poser de question : même quand il sait qu’il va faire n’importe quoi.
Prenons l’exemple du dessin : le bébé, quand il s’agit de dessiner, part d’un niveau plutôt affligeant. Un point en haut à droite et nous avons la tête, deux traits approximatifs au milieu de la feuille et nous avons les bras. Le tout donne un bonhomme.

Nous, les grands, nous voyons des tracés foireux et sans logique. Et nous sentons désolé pour ce pauvre bébé qui avait l’air si content de « dessiner » son premier bonhomme.
Le bébé voit un bonhomme. Le bébé est content.
Parce que ces traits de toutes les couleurs jetés sur sa feuille blanche sans logique apparente sont les prémices de ce qui sera, quelques mois plus tard, vraiment : un bonhomme.
Conscient de partir d’un niveau très navrant, le bébé sait qu’il ne pourra que faire mieux : à condition de continuer.
Un jour il ajoutera la tête. Puis les jambes, puis le ventre, puis les cheveux, puis les yeux.
Un jour ça sera mieux. Et le bébé le sait, et le bébé y croit.

Moralité : nous les adultes, quand nous avons l’intense certitude d’être nul dans quelque chose, nous décidons de le rester.  En grandissant nous avons oublié qu’avant d’être bons, nous avions été nuls, et que c’était une chance : pour éprouver le plaisir de progresser, et de voir nos avancées à chaque étape. Pour retrouver la joie que nous avons dû avoir le jour où nous avons compris que le ventre ne se dessinait pas attaché à la tête : parce qu’entre les deux il y a le cou.

5.HIIIIII !!! – Ou l’esprit festif

Le bébé est profondément enthousiaste. De l’apparition d’un pigeon au goût d’un nouveau fruit, en passant par savoir tenir debout en portant son doudou d’une main, et sa couche sale de l’autre : tout, pour lui, se fête.
Et il n’en est que plus fort. Il n’en est que plus efficace.
Mieux : le bébé transmet naturellement autour lui cet enthousiasme dont il a le secret. Combien de parents ont surinvesti la réaction outrageusement positive face aux petits pas en avant de leurs enfants ? Parce que, pour qui apprend, pour qui avance, il n’y a pas de petits pas, mais avant tout : le chemin qui se déroule, l’histoire qui s’écrit.

Je vous donne un exemple : la première fois que junior a démoulé sa cargaison en plein DANS le pot (et pas juste à côté). Vous souvenez-vous ? Certains parents prennent même la photo de la chose pour l’envoyer en MMS à toute la famille (ou pire : la publier sur Facebook).

Lorsqu’on est capable de prendre un caca en photo pour le célébrer, c’est qu’on est animé d’une foi inébranlable en la vie, non ?

À la manière qu’il a de s’extasier devant tout et de nous transmettre la flamme qui le transporte, le bébé entretient et décuple l’énergie énorme dont il a besoin pour fournir les efforts qu’il déploie chaque jour. Et à notre façon de glorifier chacune de ses avancées, nous accordons de la valeur à ce qu’il est : à ce qu’il peut, à ce qu’il pourra, et à ce qu’il fera, indéniablement.

Moralité : prendre le temps de tout fêter ainsi est source de force et de motivation. C’est ce qui permet au bébé de se laisser porter par une telle dynamique de dépassement de soi. Où rien n’est banal, où tout compte. Où tout ce qui est réalisé, quel qu’en ait été le prix (25 cacas au ciblage malheureux) : est extraordinaire.

6.PARLE À MON CUL MA TÊTE EST MALADE – Ou l’écoute sélective

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais le bébé semble capable d’une savante orchestration d’écoute et de non écoute de ce qui lui est dit.

Il écoutera attentivement tout ce que vous dites, surtout si ça ne le regarde pas. Surtout si vous y glissez des gros mots.
Il n’écoutera pas du tout : toutes les phrases contenant « NE PAS ».

Résultat : il en écoute suffisamment, les oreilles et les yeux grands ouverts, pour apprendre et retenir à une vitesse fulgurante.

Et il écoute suffisamment peu pour ne se limiter à rien dans la vie. Heureusement pour lui, nous sommes là pour le protéger (parce que la phrase « ne mets pas ta main sur la plaque de la cuisine » est très pertinente, au fond, même s’il arrive que le bébé n’en comprenne le sens qu’a posteriori).

Le bébé n’entend pas la négation. C’est un truc neuropsychologique ou quelque chose dans le genre. Le cerveau humain est construit pour comprendre les phrases affirmatives uniquement. Mais nous autres, les personnes âgées, nous nous sommes tellement entrainées à saisir la négation si peu naturelle à notre cerveau qu’au bout du compte, nous n’entendons plus qu’elle.
Nous avons appris à faire avec sans la mettre en doute. Parce qu’elle était question de survie, certes. Parce qu’il fallait que nous apprenions à nous protéger. Oui mais bon… De protéger pour avancer en sécurité à fermer les portes pour rester figés, nous avons fini par confondre.

Le bébé, lui, se croit tout permis, il croit que tout est à sa portée. Du coup, il se donne une chance pour tout, même quand nous lui disons « non ». Certaines limites lui seront salutaires. D’autres, sans réel intérêt.

Moralité : à nous imposer des négations, nous faisons du mal à notre cerveau, et ça, c’est pas gentil. Si nous faisions comme les bébés, qui n’en ont clairement rien à baver de toutes ces limites et négations rationnelles, nous ferions comme eux : de grosses bêtises, c’est vrai… mais aussi, nous nous donnerions la possibilité d’apprendre à accomplir mille nouvelles choses chaque jour.

Voilà ce que je dirais pour conclure : le bébé est innocent. Mieux encore : il est naïf et totalement inconscient. Quand il grandit, nous lui répétons à l’envie cette phrase très angoissante : « arrête de faire le bébé ! ».
Alors qu’il faudrait qu’il apprenne à continuer, coûte que coûte. Pour évoluer dans un monde où il ne serait pas idiot de croire que tout est possible.
Le genre de monde où il ne serait pas si risible de penser qu’il suffit de décider pour faire. De dire pour vivre. De le rêver pour ça existe en vrai.

Il est beau ce monde où on apprend tout, où on apprend vite. Ce monde où la vie avance, et nous avec elle.

Alors utilisons nos acquis d’adultes pour être de meilleurs bébés que les bébés eux-mêmes.

Et avançons aussi bien qu’eux, avec ce contentement et cette gourmandise de tout.

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13 Comments

  1. Mardge

    Super bien vu comme d’hab. C’est promis je redeviens un bébé très vite, en plus j’adore dire et faire des bêtises, donc maintenant si c’est permis et même fortement conseillé, alors…..

  2. Polypocket

    Ahhh mais j’ai pompri : c’est ce que disais mon bébé à propos de toute nouvelle chose qu’il découvrait. Et bien merci pour ce billet, moi aussi aujourd’hui je viens de pomprendre quelque chose pour mieux avancer. C’est décider je régresse un grand coup ça me fera progresser … sauf pour cette histoire de visée du pot … mais c’est très personnel.

  3. Belle leçon de vie!

  4. je prends tout 🙂 il y est beaucoup question de résilience comme processus infaillible d’apprentissage. Marie Grain de Sel, tu fais la preuve que l’enfance est aussi un art séculaire qu’il convient d’entretenir sans réserve.
    Quant à moi tu m’as un spoilé pourquoi mes bonshommes sont tous pourris : j’avais pas encore le cou. Je réessaierai demain avec un cou. Putain j’ai hâte !
    Jerome

  5. Louise Hamster

    Superbe texte qui donne la pêche, et plein d’envies, merci !!!

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