Donner du merci

Vous souvenez-vous de ces fois où j’ai appris de la vie et que je vous en ai parlé ici ( et )?
Et bien ça a recommencé.
2016 est une année… très enseignante, pour moi.
2016 m’emporte toute entière, à répétition et durablement, dans ses rouleaux sans merci, qu’entrecoupent de doux moments d’accalmie. Des moments de vraie belle vie, même, souvent.

Du coup, il est encore difficile de vous dire tout ce que j’ai pu apprendre de la vie cette année. Il y en a trop, j’ai encore trop le nez dessus. Il me faudrait du recul. Je n’en ai pas.

Une chose, pour l’instant, ressort : c’est le merci.

Ça a commencé une fois où je remontais de la plage, tournant le dos à la mer, à la fin d’une bonne grosse session de surf.
Répondant à une impulsion plus forte que moi et que qui me colle aux basques depuis que je suis toute petite, je me suis retournée vers l’océan: impossible de le quitter sans le regarder encore.
Et je n’ai pas fait que la regarder, la mer. Du fond du cœur, je l’ai remerciée.
Pour sa beauté. Pour ses tourments. Pour ses irrégularités. Pour les vagues qu’elle m’offre sans le savoir et que je lui prends sans rien demander.
À voix basse, juste pour elle et moi, j’ai dit merci.
J’ai été surprise. J’ai ri. Je me suis dit « pourquoi pas ». Et je l’ai refait à chaque fois depuis.

Je me suis mise à penser merci de pouvoir tant surfer. Pour le fait de vivre au bord de la mer.

À partir de là, je me suis mise à penser merci tout le temps.

Pour les visages amicaux des êtres humains, même dans les jours tellement mal partis que ça paraît impossible d’être aussi simplement en connexion avec ces gens éphémères. En fait, c’est si facile de rester humains sans chercher quoi que ce soit d’autre que la beauté de ça.
Pour les blagues du vendeur, à la caisse. Le sourire plein de compassion de la femme au guichet de l’avion manqué bêtement. Pour ces copains de l’instant, inattendus.
J’ai pensé merci à chaque fois que je me suis retrouvée chez moi, mes enfants dans les bras, à l’issue des semaines qui paraissaient trop chargées de ce dont je n’avais pas envie.
J’ai pensé merci quand j’ai reçu de l’amour. Parce que j’ai réalisé que j’en recevais plein. Et que j’avais même la chance de pouvoir en donner aussi beaucoup.
J’ai pensé merci pour tous les bras chauds qui ont recueilli mes pleurs ou mes sourires, pour les oreilles bienveillantes, pour les messages qui demandaient comment ça allait.
Pour l’amie précipitée à mes côtés, sur un coup de tête, parce que finalement être ensemble : c’est encore mieux qu’être loin.

Ça se fait d’être désespérés, de nos jours. Ça se fait de conclure, dès qu’il se passe quelque chose, à l’imminente fin du monde. Untel a été élu, untel pas. Et puis la guerre, l’horreur, les enfants, la planète, les animaux, les mi-bas qui filent tout le temps au niveau de mon gros orteil. Oui, je vous promets, je peux trouver des milliers de raisons de rester au fond de mon lit et pleurer sans m’arrêter, jusqu’à Noël (à Noël je sors de mon lit quoi qu’il arrive : ya foie gras au dîner).

Aujourd’hui, comme la menace de tout est partout, ça se fait d’être morts de trouille et pétris d’angoisse. Moi aussi je sais faire ça, la trouille et l’angoisse. Je suis même très forte pour ça. C’est pourquoi je me suis mise à donner du merci. Je préfère.

Pourquoi ?
Parce qu’avoir toujours envie de ce que l’on n’a pas m’a l’air d’être épuisant. Pleurer ce qui n’est plus est vain (puisque ce n’est plus là). Mais savourer ce qui est, maintenant, c’est autre chose. Ça remplit tous les vides que creusent les larmes, illumine toutes les ombres portées par le monde. Dire merci, et même à haute voix si je suis de cette humeur-là, c’est faire de chaque jour la chance de ma vie.

Parce qu’elle est là, la vraie belle vie non menacée : dans les regards amicaux, dans les voix chaleureuses, dans les êtres humains qui, dans de courts moments, sont simplement et si joliment, des êtres humains ensemble.
Parce que j’existe et qu’autour de moi, tout vit, quand je dis merci.
Je dis merci et c’est aussi à vous qui me lisez que je le dis : parce que 90% des mails que vous m’envoyez ont ce mot pour objet.
Vous me dites merci, vous avez vos raisons, et j’aime les lire, j’aime vous répondre. En préparant ce billet j’ai beaucoup pensé à vous, et à ce mot que vous m’envoyez si souvent. À mon tour de vous dire merci. C’est tellement facile.
Dire merci c’est reconnaître que la vie est là. Maintenant.

C’est faire de grandes choses à partir de petits riens : des bouts de tout ce qui vaut la peine qu’on s’y penche.
C’est faire des réserves de bonnes raisons d’y croire pour les jours où elles se tarissent. C’est se tenir à distance de tout ce pour quoi nous n’avons aucune raison de dire merci. Ça fait de l’air, ça laisse entrer la lumière.

En fait, je donne du merci parce que vraiment, ça, c’est la vie. Je laisserai à chacun le choix de croire en un quelconque divin. Pas besoin de religion pour vivre la vie du bon côté. Quant à moi, j’observe que plus je choisis, plus je cherche, plus je déploie d’énergie pour que la vie soit conforme à ce que j’en attends : plus je constate qu’elle m’est offerte avec tout ce qu’elle contient. Et que je n’ai qu’à me servir. Et à dire merci.

Alors merci pour mon piano, mes doigts qui en jouent, mes oreilles qui savourent, la musique, AC/DC et Joan Baez, les guitares et les scandales du rock, les génies et les écrivains, les histoires et les mots, les langues et les idées, le travail, les inspirations, les matins nouveaux, les chansons et les voix, les enfants, les petits vieux, les gens, les bébés chiens qui couinent et les gros pyjamas confortables, surtout quand ils sont moches. Merci pour les samedis matins et même les vendredis soirs, le vent des nuits de tempête qui fait peur mais qui n’a même pas arraché la barrière, cette fois-ci. La statue de Freddie Mercury à Montreux et la chapelle Saint Samson à Landunvez. Les reflets du soleil dans les gouttes d’eau. La lune qui change tout le temps, les coups de mains inespérés, les pluies suivies d’odeurs de pluies, les beaux yeux, les dents moches sur des sourires gais, le cinéma, les dessins animés, les canapés, les inventeurs, la chance, l’audace, la peur, les réconciliations, les fous rires et les larmes en tous genres.

Et merci pour ce matin, quand je me suis réveillée dans un monde où j’aurai encore des choses à célébrer.

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20 Comments

  1. J’ai l’impression de lire les mots de « mon double » ! Bon hormis le fait que je ne sais absolument pas surfer (entre autre ;-)).
    Prendre la vie de ce côté là, s’émerveiller, c’est la clé du bonheur.

    Ton texte m’a fait penser à cette chanson de Jeanne Cherhal « Merci » ♥ : https://www.youtube.com/watch?v=hKkQQIc7Iaw

  2. Emilie

    Je vais te dire à nouveau merci pour ce billet, car te lire me rappelle toujours ce qui est important et me permet de faire le tri et de relativiser le reste !
    Je dis aussi de plus en plus merci, et je fais en sorte de savourer l’instant présent dès que c’est possible, et de me réchauffer grâce à la chaleur humaine quand elle s’exprime ; parfois je vois que je peux moi-même générer cette chaleur et la faire naître chez l’autre (alors que je suis atrocement frileuse et que j’ai souvent les mains froides, voire glacées, surtout en hiver ! 😉 ).

    PS : et tu étais à Montreux récemment ?

    • Marie Grain de Sel

      Emilie, alors que j’écris ces lignes, j’ai les mains congelées (et je suis dans mon bureau) 😀
      Oui je travaille beaucoup en Suisse et ces temps-ci j’aime aller visiter Montreux (marché de Noël -> parfait accord avec mon âge mental très… enfantin ;-))

  3. oops

    Et en plus, la dire merci fait gagner des années de vie ; ce serait dommage de s’en priver ! 🙂
    https://www.youtube.com/watch?v=nZUfJpVxUNI

    Alors, merci pour ce billet ! 🙂

  4. Bel article, un petit passage à vraiment percuter sur moi, ça fait du bien, alors merci 😉
    Biz

    • Marie Grain de Sel

      Super ! Lequel, lequel ? 😉

      • Lui « Parce qu’avoir toujours envie de ce que l’on n’a pas m’a l’air d’être épuisant. Pleurer ce qui n’est plus est vain (puisque ce n’est plus là). Mais savourer ce qui est, maintenant, c’est autre chose. Ça remplit tous les vides que creusent les larmes, illumine toutes les ombres portées par le monde. Dire merci, et même à haute voix si je suis de cette humeur-là, c’est faire de chaque jour la chance de ma vie. »

        • Marie Grain de Sel

          OK 😉 Moi-même je le garde en tête, particulièrement celui-là : pour les jours où, par mégarde, j’irais frôler du coup de mou !

  5. J’aime j’aime j’aime

  6. Tatate du 29

    Bonsoir Marie,
    Et… Merci!!!
    Il y a un moment que je te lis « en coulisses ». Et j’ai souvent eu envie de te dire Merci.
    Alors, aujourd’hui, pas de raison de me priver !!
    Merci pour le partage, merci pour tes doutes, tes certitudes, tes tentatives, tes essais transformés, ton optimiste, la manière dont tu cultives ta chance et merci pour ta foi dans la vie et dans l’humanité !
    Merci pour avoir boosté un peu plus ma soirée après une journée (trop) chargée… (même si les câlins de mes enfants tout à l’heure ont déjà bien aidé)
    Elle fait du bien la communauté que tu as créée autour de toi.
    et ça vaut bien mille Merci!

  7. Pas assez de recul dis-tu ? Tant mieux, ton commentaire d’aujourd’hui te permettra de mieux mesurer le chemin parcouru demain !
    Tu progresses vite, Marie ! Si j’avais su tout ça à ton âge …
    Continue.
    …/
    Heu, qu’est ce que je voulais dire d’autre, moi ?
    Ah, oui : MERCI !
    JiPé

  8. Je suis toujours hallucinée de retrouver dans tes mots l’expression exacte de choses que je ressens au plus profond de moi. Et de constater dans les commentaires que je ne suis pas seule… (même si j’ai troqué le body contre le ski ces derniers temps).
    Bref, MERCI de partager cette vision des choses avec une si jolie plume

    • Marie Grain de Sel

      Merci beaucoup à toi !
      Moi aussi en fait, je suis surprise (en bien) quand je pose mes mots ici et que je vois en retour que je ne suis pas seule ! Bon ski à toi, veinarde !!! et très bonne année !

  9. Très très beau. Merci de dire cette sensibilité au monde.

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