Mon patron est un gros con et j’ai bien de la chance

Aujourd’hui, j’aborde une plaie très répandue dans notre société : le patron con… Qui peut également être une patronne (croyez-moi !). Mais je vais utiliser le masculin comme manière générique de désigner cette entité bien connue des travailleuses et travailleurs de nos belles contrées.

Ce type de patron, peut-être l’avez-vous côtoyé. Sans doute en croiserez-vous. Et surtout : peut-être le fréquentez-vous assidument actuellement. Quoi qu’il en soit, mon sens acéré de l’observation me permet de penser que vous avez peu de chances de passer une vie entière sans jamais rencontrer de patron qui sera, selon vos standards, un énorme connard.

Et si c’était une chance ? Je devine que ce n’est pas du tout l’angle sous lequel vous aviez envisagé la chose jusqu’à présent. Je vous propose de nous pencher dessus, juste pour voir… Mon but étant qu’à la fin de votre lecture, vous vous disiez : « mon patron est un gros con, certes, et j’ai bien de la chance ». Le pari est loin d’être gagné, mais je le tente.

[Remarque : ce qui suit vaut également pour toute personne dont le contact nous est pénible dans notre quotidien professionnel, qu’il s’agisse des patrons ou des collègues en général]

A son contact, vous deviendrez ce professionnel qui ira loin, très loin
Comme vous trouvez que votre patron est un connard, vous vous dites que vous n’apprendrez rien de lui : puisqu’il représente tout ce que vous redoutez de faire ou de devenir.
J’imagine que votre relation doit être, au mieux, désagréable. Au pire : vos journées doivent présenter un défi répété à votre résistance mentale, pouvant aller jusqu’à toucher en plein dans votre envie de vivre.
Mais il y a aussi le travail, les objectifs à atteindre, les tâches à accomplir. Et tout ça, vous pouvez, vous devez le faire. Peut-être parfois difficilement. Mais vous le pouvez, parce qu’en réalité : vous êtes capables, par un effort de communication et de concentration, de contourner les aspérités de la personnalité sordide de votre patron. En fait, vous y êtes même obligés si vous voulez parvenir à accomplir ce que vous venez accomplir chaque matin, à votre poste. Et donc, vous apprenez vite, vous apprenez bien : par la force des choses.
Sur le moment, c’est douloureux; mais qui sait, peut-être qu’un jour vous serez à sa place. Et le talent que vous emploierez à gérer vos troupes, vous l’aurez forgé, entre autres, au contact rapproché de cette personne qui vous débecte. Je crois qu’on sous-estime trop facilement le pouvoir constructif de la haine.

Notez ceci : dans les entreprises aujourd’hui, une majeure partie des promotions se décident sur la capacité de la personne à faire preuve de compétences humaines et relationnelles de manière à ce que sa compétence technique puisse s’exprimer pleinement. Vous allez tout déchirer dans votre carrière et ça sera peut-être en partie grâce à tous les connards de patrons qui auront croisé votre chemin.

Grâce à lui, vous allez vous trouver, savoir ce que vous voulez vraiment dans la vie
Ce patron, qui est le connard de service de votre vie actuelle, incarne sans nul doute tout ce que vous détestez.
Glandeur, baratineur, sale, bête, profiteur, méprisant, fraudeur, menteur, méchant, inefficace : tout ce que vous voyez en lui vous renvoie directement à ce que vous refusez d’être de toute votre âme, de tout votre corps. Et vous vivez avec ça, tous les jours.
Quelle chance vous avez !

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais dans la vie, il est souvent plus difficile de définir ce que l’on veut vraiment que de savoir ce que l’on ne veut pas. Et c’est très bien, à mon avis : puisqu’à trouver la certitude de ce que nous refusons, la voie est toute tracée vers la définition de ce que nous voulons vraiment. C’est le fameux processus d’élimination, et il a fait  ses preuves à travers les âges. Si si.
Sans le savoir, vous êtes en train de forger l’un des biens les plus précieux de tout être humain : être capable de définir, provoquer, créer ce que nous voulons être et vivre.
Vous êtes sur le chemin de votre propre réussite : toutes mes félicitations !

En plus, si ça se trouve : il n’est même pas si con que ça
Ce paragraphe est le plus révoltant de tous et je m’en excuse par avance.
Et oui, voilà : peut-être que ce n’est même pas un connard, ce patron. Je sais, je sais : vous avez des preuves, des arguments, et peut-être même des e-mails (ha et des vidéos aussi ? Hé bé…) qui en attestent.
Mais… Votre patron est peut-être fondamentalement différent de vous. Peut-être que conclure à la plus sombre des conneries était un raccourci radical pour aborder des comportements qui sont donc forcément très différents des vôtres.
Hé oui,au fond, qui est cette personne que vous ne connaissez qu’au travers de l’éventail de comportements merdiques dont elle vous gratifie à longueur de semaines ?

Peut-être que votre patron est malheureux, peut-être qu’il n’est pas à sa place dans cette entreprise, dans ce métier, dans ce pays. Peut-être prend-il des petits déjeuners trop lourds ou, au contraire : trop légers. Peut-être que ses chaussures lui font mal aux pieds. Bref, peut-être qu’il ne se sent pas bien, ce patron. Et peut-être que son ostensible connerie est sa manière à lui de gérer le stress du travail et de la vie en général. Ben oui, c’est vrai quoi : c’est stressant, le travail et la vie …
Quand vous êtes mal réveillé, angoissé par la pression de la vie du travail et de l’amour : êtes-vous sympathique ? Pensez-vous être une personne qui donne envie ? Pensez-vous même, parfois, correspondre dans vos manières de faire face à l’adversité, à la définition de « connard » ?
Je vous le demande parce que moi, oui : dans l’épreuve, le stress et la détresse, je peux éventuellement me comporter comme une sombre conne. Du coup je me suis dit : et si nous étions tous pareils ? C’est-à-dire : des êtres humains.
Ce serait tant mieux, parce que je suis très forte en maths et je sais que moins moins = plus. Alors il n’y aurait plus de connards, mais juste des gens radicalement différents. Des gens qui montrent des visages perturbés, peu amènes et des comportements déplorables dès lors qu’ils ne sont pas au mieux de leur forme.
Et peut-être que votre patron n’est pas un connard mais un individu que vous peinez à cerner et qui pourrait, certes, faire preuve de plus grandes qualités en communication et/ou en gestion du stress (et peut-être qu’il faut qu’il change de chaussures).

Ce passage peut-être très douloureux, sachez que je vibre au ton de votre désarroi : je sais, pour l’avoir vécu, que suggérer, même une fraction de secondes, qu’un patron que vous aviez toujours pris pour un connard puisse ne pas l’être est une expérience profondément déstabilisante dans la vie. Il vous faudra sans doute quelques semaines (visez plutôt quelques mois, à mon avis) pour digérer ce que vous venez de lire. Je suis là pour vous, je vous aime, je vous comprends.

Peut-être qu’on a tous besoin d’un connard dans la vie
J’ai bien réfléchi, et je pense qu’au-delà du dérangement évident que sa connerie abyssale inflige au monde, votre patron a une fonction sociale plus grande, voire même nécessaire.
Peut-être que nous avons besoin du connard. La vie, l’espèce, l’évolution se fondent sur les complémentarités. L’humanité aurait été perdue si nous avions tous été similaires.
Les contraires sont fondateurs de tout ce que nous sommes et de tout ce que nous accomplirons au fil des âges. En d’autres termes : chacun de nous a besoin de son bon gros connard pour se construire, pour avancer, pour se défouler.
Votre connard de patron est un rouage essentiel dans notre société. Éloignez-vous de lui, car c’est un gros con : mais respectez-le pour ce rôle fondamental qu’il joue dans le développement et la construction de l’excellence humaine.

Au détour d’un ou plusieurs patrons connards se trouvera peut-être votre destinée
Mon métier c’était le conseil en communication, et je n’étais pas encore diplômée que j’en étais déjà à ma 3e patronne connasse.  Je n’étais pas encore diplômée que je voulais donc déjà quitter ce métier. Ras la casquette de tous ces connards, me disais-je alors.
Mais je n’ai pas pu quitter cette voie. Et c’est important, dans la vie, d’avoir la chance de pouvoir éprouver la puissance d’une vocation au contact de bons gros connards.  Le dernier d’entre eux, le 4e, est assez récent.  Et je crois que sans la haine et le désarroi que je l’ai vu déclencher autour de lui, mon chemin aurait été sensiblement différent. Cette épreuve professionnelle est, chaque jour, une énorme source d’inspiration pour faire ce que j’ai décidé de faire. J’ai vu ce que l’incompréhension, l’intolérance (de ma part, également), la mauvaise communication pouvaient créer de désastreux dans une entreprise. J’ai observé que des personnes d’une compétence professionnelle incroyable pouvaient perdre toute envie de bien faire, toute capacité à se dépasser : notamment à cause du contact répété de nos gros cons de service. Et nous avons tous nos gros cons… Et il y a mieux à faire dans les entreprises, à mon avis, que de s’entêter à butter sur ces aspérités du chemin.

J’étais sure qu’il était possible de faire du patron connard un détail insignifiant qui n’irait pas à l’encontre de la puissance des gens, et des entreprises dans lesquelles ils travaillaient. Alors maintenant, je me consacre entièrement à faire ça : dans les entreprises des autres, avec les patrons des autres. Et je nage dans le bonheur. Je me suis trouvée, j’ai trouvé ma voie, et je m’éclate. Merci mes gros connards ! Non ? Hé ben si, quand même. Parce qu’un jour, ça s’est joué entre vos comportements à la con et ce que je pourrais en faire de bon, de bien, de beau. Et c’est ma lumière qui l’a emporté sur vos côtés obscurs. Mais j’avais besoin de votre obscure connerie pour mieux apprendre la vie, alors oui, j’insiste : merci.

Je crois que le fait d’avoir souffert, puis fais face à ce que je prenais chez mes patrons pour la plus épouvantable des conneries a été une part importante de ce que  j’ai mis au jour : ma carrière actuelle, mes ambitions, et moi-même.

Et je sais combien cela peut-être difficile d’aller se coucher le dimanche soir lorsque le lendemain va inévitablement nous remettre face à ce gros abruti de patron (croyez-moi : je SAIS). Je sais qu’il y a là de la souffrance, de l’envie d’abandonner, ou de ruer dans le tas en criant « Kamehameha ! ».

Un jour, peu-être, vous écrirez un billet de blog à propos de ce patron dont la simple vue vous insupporte; et vous rigolerez bien. Ça vaut le coup d’essayer.

Derrière mon ton volontairement blagueur, je veux vous laisser ce message qui est, au fond, très sérieux : votre connard de patron (qui n’en est peut-être pas un, désolée), est une grosse pierre sur votre chemin. Vous pouvez trébucher inlassablement sur la grosse pierre jusqu’à vous casser la jambe. Vous pouvez aussi soulever la pierre et y découvrir des trésors ; ou la contourner, construire votre chemin, fort de votre capacité à avoir vu, appris, et géré l’obstacle.

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12 Comments

  1. Mammgoz

    Merci Marie, ce post a éclairé ma journée 🙂
    C’est tellement bien vu ! Et rire de bon coeur en se rappelant des épisodes de vie très pénibles, voilà qui vaut de l’or.
    Merci d’avoir partagé ta richesse avec nous 🙂

    • Marie Grain de Sel

      Les anecdotes concernant certain(e)s patron(-nes) sont franchement risibles avec le recul… Qu’est-ce qu’on s’ennuierait si tout le monde était gentil 😉

  2. Julie

    Ce sera au féminin…. Que je conjugue le mal de ventre, l’incompréhension et les tensions tous les jours au boulot!

    J’avoue que la grosse pierre j’aimerais l’envoyer « bouler » mais je n’ai pas le courage et j’ai du mal à imaginer pouvoir dire « merci » !

    J’espère qu’un jour ce patron sera un mauvais souvenir pour des jours meilleurs et épanouissants au travail…

    On y croit !!!! Ça fait du bien de lire ce genre de billet malgré tout : l’espoir fait vivre et avancer – même à reculons 🙂

    • Marie Grain de Sel

      Oui, un jour tout ça sera derrière toi. Je ne sais pas si tu en riras, mais ça aura le mérite d’être derrière toi, et peut-être que tes maux de ventre disparaitront 😉 Bon courage, hauts les coeurs !

  3. Merci Marie pour ce bel article, cela m’a fait prendre conscience de certaines choses.
    J’essaierais de l’aider ou de participer au changement de mon futur patron plutôt que de pester contre lui maintenant 🙂

    • Marie Grain de Sel

      Merci à toi ! Je ne crois pas qu’on puisse changer les gens, mais tu peux changer, toi : en prenant de la distance (et en te disant que dans 10 ans, finalement, tout ça sera bien loin ;))

  4. Super article. Plein de bon sens comme d’habitude. Mon patron à moi est mysogine….rien de très original malheureusement. Et bah du coup j’ai comme une furieuse envie de défiler les seins à l’air et la hargne aux points, entraînant derrière moi toutes les (nombreuses) victimes du sexisme ordinaire. Mais bon. En attendant, je l’imagine juste très fort en train de ch… et ça va mieux. Merci pour ce billet.

    • Marie Grain de Sel

      Hahaha ! Si, mais quand même, pense à défiler les seins à l’air et raconte-nous ça 😉 Le patron sexiste… race pas encore maitrisée, malheureusement…

  5. MERCI pour cet article! J’ai beaucoup ri (bon et ça m’a fait réfléchir aussi…). Mon ancien patron est misogyne, incompétent et bête comme ses pieds en plus d’être un sombre connard et je l’ai quitté sans jamais le regretter! Aujourd’hui, j’ai créé ma boite et j’espère un jour avoir des salariés qui ne trouveront pas que je suis une grosse connasse! Bon weekend!

    • Marie Grain de Sel

      Je te propose de faire comme moi : le jour où tu auras des salariés, souviens-toi très fort du (ou des) patron(s) que tu as le plus détesté… Et fait tout le contraire. tes salariés devraient apprécier 😉

  6. J’ai eu 3 grosses pierres sur mon chemin. 3 grosses, très grosses. Maintenant je suis blindée, et je ne m’en sors pas trop mal ! *\o/*

    • Marie Grain de Sel

      Ha tu vois ! « Ce qui ne te tue pas te rend plus forte » a été inventé pour les gens qui croisent le chemin de patrons insupportables.

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