Les 21 000 de Brest

Lectrice, lecteur, tu sais peut-être déjà comme j’apprends de la vie, parfois, sans même l’avoir demandé…
Et bien ça a recommencé.

Au départ, l’affaire était d’une grande simplicité : fruit de l’union entre une brestoise et un creusois parisien d’origine morlaisienne (c’est simple, non ?), j’ai grandi à Paris, le nez tourné vers l’ouest.
Je regardais Brest avec envie. Pas tant pour Brest en elle-même que pour ses avantages collatéraux : les 90% de ma famille qui y vivaient, la mer, et tout ce qu’il y avait à voir hors de la ville, de Plougastel à Brignogan.
Et puis un jour j’ai décidé de vivre à Brest. D’humeur urbaine par habitude (et forgée par 30 ans de vie parisienne), j’ai choisi de m’installer à Brest’mêm. Naturellement.

À côté de ça, j’ai un blog. Alors j’écris.
Et puis la semaine dernière, j’ai eu envie d’écrire ce billet rien que pour Brest.
Je n’en attendais pas grand-chose. J’aime ma ville, et je te le raconte comme ça me vient. Jusque là : tout va bien.
Et puis toi, de ton côté, tu lis ce texte-là : 22 000 fois. Toi et tous les autres gens. 21 000 gens.
C’est beaucoup.
Ho ben si, je te le dis : c’est beaucoup.
Tellement beaucoup que j’ai même du mal à imaginer comment ça ferait de vous voir tous en une seule fois.
Loin du nombre en lui-même, c’est ce que je retire de cette semaine hors du commun qui m’intéresse.
Avec ce billet, il s’est passé que Brest m’a appris ou confirmé des choses alors que je n’avais rien vu venir.
Des choses que j’ai envie de partager avec toi.

Enfin « toi », « tu », « vous ». Tout le monde. Pour vous dire merci.

– Première chose : Brest m’a appris que mon formulaire de contact ne fonctionnait plus.
Si ce billet n’avait pas généré autant de visites sur le blog, je n’aurais jamais fait le rapprochement entre les centaines de personnes qui son passées par la page contact la semaine dernière, et le fait que je n’ai reçu aucun mail du formulaire depuis… depuis 6 mois, en fait, maintenant que j’y songe… (alors j’ai réparé le formulaire)

– Brest, ça me rappelle c’est aussi le nom d’une ville Russe.
Du coup, lorsque mon billet sur Brest circule beaucoup sur le web, cela me vaut l’arrivée de nombreux abonnés Russes sur les réseaux sociaux.
Добро пожаловать !
(ça veut dire « Bienvenue » en Russe -> Google Translate. Easy.)

– Brest m’a appris combien elle était bien aimée.
Comme elle était belle dans le cœur de ceux qu’elle a conquis. Dans vos « mercis » pleins de soulagement, lâchés là dans des soupirs en guise de « enfin ! », c’est ce que j’ai vu : vous avez envie que Brest soit vue à sa juste beauté. Comme moi, peut-être, ressentez-vous la frustration de cette ville si mal décrite. Raillée comme elle ne le mérite pas, pour des clichés qu’on lui invente sans savoir. Sans avoir pris le temps de venir la voir. Être brestois (ou aimer Brest d’une manière générale), c’est faire face, souvent, aux rires narquois, aux sarcasmes, aux tableaux noirs peints par des pessimistes en délire. Et nous en avons l’habitude. Et même, au fond : on s’en fout. Oui…

Mais quand même, y’en a marre aussi. Comme chez moi peut-être, grondait au fond de vous une indignation qui ne demandait qu’à dire sa vérité à elle : Brest, c’est tellement davantage que ce que l’on en dit.
Un jour j’ai dit qu’à force de dire « je suis petit », on finit par le devenir (c’était ici). À force d’entendre « Brest est moche », vous avez comme moi fini par le dire aussi, peut-être.
Disons que Brest est belle : puisque c’est vrai, et puisque c’est ce qui la rend belle.
Et je n’ai pas de merci assez grandiose pour vous dire à quel point c’est bon de sentir que nous l’aimons ensemble !

– Brest me montre que parfois, donner sans rien attendre en retour peut rapporter beaucoup plus que la mise de départ.
Il m’arrive de parler de la Bretagne ou de Brest : puisque je vis ici et que j’écris à propos de ce que je vis. Mais mon blog n’est pas spécialisé dans ces sujets. Il y a encore une semaine, j’avais un nombre infime de lecteurs à Brest et même en Bretagne.
Naturellement, je pensais que ce billet n’intéresserait personne, parmi ceux qui me lisent habituellement. À chaque ligne que j’écrivais, je me disais : « il sera lu par 2 personnes mais je m’en fiche : ces mots, je veux les poser ici. Pour moi, et pour ceux que j’aime et qui aiment Brest comme je l’aime».
S’il est un billet que j’ai écrit en n’en attendant aucune fréquentation, c’est celui-ci.
Et s’il est un billet que j’ai écrit avec un plaisir profond, c’est vraiment celui-ci.
Je n’avais même pas prévu de l’écrire.
Plus jeune, j’avais souvent peur de donner trop et de m’y perdre. Peur de ne pas être bien reçue. De ne pas recevoir à la hauteur de ce que je donnais.
Maintenant (que je suis vieille), j’aime tester cette idée, pour voir : lorsqu’on donne on reçoit. C’est un truc karmique ou quelque chose dans le genre.
Brest me confirme que j’ai raison. Parce que j’ai ouvert les vannes et qu’en retour, j’ai pris en pleine face la beauté et la douceur de vos émotions en si grand nombre que j’en ai presque eu le tournis. Très chouette.
Et j’en réapprends, au passage, combien le plaisir est contagieux.

– Brest me confirme que le plus intéressant dans la tenue d’un blog, c’est le lecteur.
Je ne dis pas ça pour vous flatter (même si vous l’êtes un peu : avouez-le !). Avec ce billet sur Brest, il s’est passé ce que j’appelle : « la surprise du lecteur ». Je ne dresse pas de pronostics sur la fréquentation du blog. Je ne fais pas de gros calculs statistiques pour savoir ce qui va vous plaire ou pas. Ici j’écris ce que je veux et comme je le veux, en espérant que cela trouve un écho quelque part au gré de l’Internet International. J’écris, et j’attends de voir ce qui se passe en face. Je ne sais jamais vraiment à quoi m’attendre. La plus grande surprise de ce blog, ça a toujours été vous. Vous et vos mots, vous et vos retours, vos opinions, vos questions, vos gentillesses. Vous qui venez par milliers admirer avec moi ce qui est bien plus que la pluie, le vent, et les immeubles moches dont on parle avant tout lorsqu’il est question de Brest.

Je nous souhaite encore d’autres moments aussi riches en échanges et en émotions !

– Brest me fait penser à rappeler autour de moi que l’enthousiasme peut être gratuit.
En parlant de Brest je récolte parfois des remarques taquines. Les phrases gentilles (mais taquines), des gens qui m’entourent et qui me disent : « Mais tu es payée par la Mairie de Brest pour en faire autant la promotion ou quoi ?!».
Comme si seul l’argent pouvait justifier que quelqu’un dise du bien d’une ville comme Brest. Dan ces cas-là je souris mais au fond : quelle insulte…
Non, je ne suis pas payée. J’irai même plus loin : c’est moi qui paye pour que vous lisiez comme j’aime Brest. Tout ce qui se passe ici est gratuit pour tout le monde, sauf pour moi. Je paye de mon temps, et je paye mon nom de domaine ainsi que mon hébergement.
Et là, voyez un peu : 21 000 lecteurs ont eu sous les yeux les mots avec lesquels je disais comme Brest est belle. Et pas un sous en retour.
Ben zut, si j’avais su, j’aurais appelé le Maire.
La Mairie (ou les «élus », que quelqu’un accusait de m’avoir payé en cachette) n’a pas à me payer pour que j’aime ma ville. J’ai choisi de vivre ici. Brest, je l’ai attendue toute ma vie. Je ne contiens donc pas mon enthousiasme d’avoir tout quitté et tout changé pour y être : notamment parce que le résultat est encore mieux que ce que j’avais imaginé.
Je n’ai pas honte de clamer haut et fort combien j’aime ma ville et mon pays : je sais que cela ne se fait pas, mais que voulez-vous, je suis une indécrottable rebelle.
Les gens m’ont dit combien ils étaient émus, touchés, vibrants d’avoir lu ce que j’avais écrit sur Brest. De la belle émotion partagée de moi à vous, et vice-versa : voilà ma rétribution. Pour le reste (loyer, courses, tout ces trucs relous) : j’ai un travail, merci.
(Mais si vous voulez me donner de l’argent, vous pouvez : car j’ai aussi beaucoup d’amour pour l’argent).

– Ce billet sur Brest me confirme qu’il y a des « fâchés » de Brest…
Mais qu’ils ne sont pas si nombreux. Ils ne sont pas méchants non plus.
À chacun son opinion, à chacun son vécu, à chacun sa vision. Je devine, derrière les leçons en tous genres et les emportements, un déficit flagrant de jovialité. Ils voient les clochards, les magasins qui ferment, les quelques rues sales et l’immobilier en berne. Le problème n’est pas Brest, mais la vie qui va mal, parfois, partout, et la manière dont on choisit de la voir.
Chers Pas Contents, vous exigez de moi que je « cesse d’être aussi aveugle » et je vous réponds qu’on ne peut être moins aveugle que moi. Déjà parce qu’à part une légère hypermétropie, j’ai une vue exceptionnelle. Ensuite parce que, justement, ce que j’ai écrit montrait combien je vois tout. Oui tout : même la laideur que vous dénoncez. La « décrépitude » de Brest que vous dépeignez n’existe pas. Par mon travail, je suis amenée à étudier la question de près, alors je ne me base pas sur un a priori pour vous affirmer que Brest est une ville dynamique : je le sais parce que c’est un fait. Je choisis d’attarder mon regard sur tout le beau qu’il y a autour de la laideur sur laquelle vous avez envie de vous arrêter. Cela n’empêche pas le moche d’exister, pas plus que votre dévotion pour le pessimisme n’efface l’extrême beauté du monde dans lequel nous vivons.
Je m’intéresse au beau davantage qu’au mauvais, et je ne m’excuserai pas pour ça. Pas plus que je ne m’arrêterai de le faire.
Ça s’appelle l’optimisme. Et j’ai une foi solide dans le fait qu’il est générateur de créativité, de développement, de progrès. L’optimisme, c’est mon avenir. Et le votre, si vous le voulez. C’est aussi l’une des clefs les plus sures que j’aie trouvées pour le bonheur (et le bonheur, ça tient à pas grand chose)

Alors je continuerai éternellement à lever vers vous mon verre à moitié plein.

Yec’hed !

– Enfin, je termine avec le meilleur enseignement de Brest : les Gens de Brest.
Brest, qui pénètre au cœur des gens et y reste. Pourquoi ? Comment ? Franchement je n’en sais rien. Cette ville a quelque chose… Il y a sur cette terre une foule de gens qui aiment Brest. J’ai vécu 30 ans en région parisienne et les gens ont une relation avec Paris qui n’a rien à voir avec ce que j’observe ici. À Paris, nous avons un rapport doux-amer à la ville : elle fascine, elle émerveille. Et en même temps, elle épuise, étouffe, fatigue. Mais bon, Paris c’est Paris, et j’ai parfois l’impression que les gens ne se sont pas demandés s’ils l’aimaient ou pas : c’est la capitale, la ville la plus importante du pays, alors la question ne se pose pas. Paris a un magnétisme bien à elle.

À Brest, c’est différent. Brest est sans doute l’une des villes les moins glorifiées de France. Moi-même, quand j’ai annoncé que je venais vivre ici, j’ai compris dans les regards et les réactions que je suscitais quelque chose qui avait l’air de dire : « je ne pensais pas que tu étais assez bête pour aller vivre dans une ville comme BREST ! ».
Mais ici, c’est beau comme le mélange d’amour fier et d’attachement profond est palpable chez les gens de Brest.
Les brestois aiment leur ville et n’en sont pas désolés pour un rond. Comme si c’était un secret bien gardé, tacite, que nous avons tous en commun sans même avoir besoin d’en parler. Alors nous nous croisons dans les rues de la ville, et même au dehors, portant sur nous cette lumière qu’ont les gens qui se trouvent bien là où ils sont. Brest nous a pris aux trippes, elle nous a attrapés. Si j’écris d’autres billets sur ma vie ici, l‘un d’entre eux devra être consacré aux brestois : parce que ce qui fait l’âme de Brest, ce sont les Gens de Brest.

Il se trouve que les deux billets que j’ai écrits sur la Bretagne et Brest ont été extrêmement bien accueillis… Peut-être qu’on parle mieux de ce qu’on aime le plus ?

Quoi qu’il en soit, ça tombe bien que vous aimiez la Bretagne parce que j’étais justement en train d’organiser une surprise pour vous. Elle arrive dans quelques semaines et tombe particulièrement bien : ce sera pour moi une occasion de vous dire merci pour l’accueil si chaleureux que vous avez fait à ces billets, et plus largement à mon blog, depuis que je l’ai ouvert.

Je ne vous en dis pas davantage (une surprise c’est une surprise… sinon c’est plus une surprise). Restez connectés !

Enfin, avant de vous laisser, et puisque vous aimez Brest, j’ai deux blogs brestois à vous conseiller. Il y en a peut-être d’autres, que je ne connais pas. Si vous en avez à me recommander, je suis preneuse !

En attendant, je vous conseille d’aller voir celui d’Anaïs, Alias « Madame Ordinaire », qui a une manière rien qu’à elle de rendre hommage aux mille beautés de Brest : dans ce blog plein de magnifiques photos et de textes bien écrits.

J’ai aussi découvert il y a quelques jours ce blog de deux nouveaux arrivants, Myriam et Nicolas, dont j’ai particulièrement aimé ce billet, qui m’a rappelé des choses !

Très bonnes lectures à vous.

Et encore, du fond du cœur : 21 000 MERCIS !

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9 Comments

  1. Quelle belle success story* (*on se croirait dans Capital ^^)
    Non sans rire, ça prouve qu’il faut toujours écrire avec le cœur, plutôt que de manière calculée (zut, ça sonne hyper niais comme phrase mais je sais pas comment le dire autrement).
    Le pire c’est que moi je l’avais pas vu, ton billet sur Brest : il est passé entre les mailles du filet. J’y vais de ce pas. Tu peux donc me compter comme la 21 001ème à le lire.

    • J’ai fait gaffe à ne pas dire des trucs niais moi aussi, mais j’étais tellement touchée aussi… 😉 Merci pour ta lecture, en plus je l’avais pas dit mais le 21 001 remporte un lingot d’or. Tadaaaaa ! (non je blague… pour recevoir un cadeau tu demanderas à la Mairie de Brest :-D)

  2. Bonjour à vous MarieGraindeSel, j’ai adooooré votre texte sur Brest ! Rien d’original apparemment puisque nous sommes si nombreux à l’avoir lu. Je l’ai découvert grâce à un ami qui l’avait partagé sur FaceBook, comme c’est un ami, j’ai confiance en ses coups de coeur, je l’ai lu et bing je me suis retrouvée addict à votre blog ! Pfff j’ai déjà dévoré toute la rubrique « maman » (je ris encore, désolée pour le manque de compassion, en pensant à l’épisode du saignement de nez) et la rubrique « femme » et bref ce que je voulais vous dire en vrai sans passer par la case radotage c’est : oui votre texte est beau et sensible, il m’a sincèrement ému parce que j’y ai trouvé des tas de choses que je ressens et d’autres qui m’ont fait regarder Brest avec encore plus plus d’amitié. Et oui je crois au geste gratuit qui s’avère plus enrichissant que prévu. Et je crois à la beauté intérieure pour les gens comme pour les endroits. Celle qui « ne saute pas aux yeux » mais qui laisse un sentiment de bonheur plus durable encore. Donc j’aime votre plume (on dit clavier ou plume dans ce cas ?) et j’espère vous lire encore longtemps.

  3. Pfiou!! Je suis ravie de voir ce que ton billet a suscité comme réactions! Je l’avais lu avec tellement de plaisir que je comprends combien il a pu parler aux passionnés de Brest (nombreux la preuve!).
    Un grand merci à toi pour cette petite mention pour mon blog, je suis très touchée (et j’espère aller faire du SUP avec toi un de ces 4!!!).
    Bises

  4. Mardge

    Bonjour Marie « grain de sel »,
    Je te connais depuis ta naissance (la vraie) et je ne connaissais pas ton blog, tu m’avais caché cela, à cause de ta très grande modestie sans doute…. (Non ! non je ne me moque pas…)
    J’ai lu ton billet sur Brest hier lors de ma pose déjeuner toute seule devant mon écran et heureusement, car tu me connais, j’ai eu la larme à l’œil et même un peu plus…
    Mes collègues, pour qui je passe pour une grande gaillarde difficile à déboulonner n’auraient pas compris pourquoi je me mettais dans cet état….
    Bref, j’ai beaucoup aimé… Du coup, j’ai lu d’autres billets et je suis fan, je me suis abonnée pour tout te dire… Continue comme ça ma choupinette…
    Et pour celles et ceux qui veulent connaître son vrai prénom, moi je le connais, sa date de naissance, son adresse…. tout quoi ! Sauf qu’elle avait ce foutu blog et que je suis passée à côté de plein de réflexions hautement philosophiques, mais je vais me rattraper et tout lire…
    Bisous….

    • Chère « Mardge », hé oui, j’aime être mystérieuse : ça rend sexy.
      Tu peux donner mon nom et ma date de naissance publiquement : de toute manière, j’ai déjà dit à tout le monde que j’avais plein de cheveux blancs.
      À bientôt 😉

  5. Ton article est vraiment bien mais même après ça je n’aime toujours pas Brest.
    3 ans d’études dans une ville en béton en plus pendant les travaux du tram. j’ai détesté Brest. Et puis j’ai plus grandi sur Quimper donc un autre style de ville 🙂

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