Maison vs Boulot : bilan à un an

Ça y est : ça fait un an.
Un an que je suis à la maison. Que j’ai quitté mon travail. Que je suis loin de tout ça.

Maison VS boulot, je crois qu’il est temps de faire le point.

Dans un premier temps, rester à la maison a consisté à dormir énormément et de manière TRÈS exponentielle ; cela a duré jusqu’à la date de mon accouchement. À l’époque, donc, ma nouvelle vie remportait un maximum de points par rapport à l’ancienne : finir ma grossesse en hibernation au lieu de me battre chaque matin, les bras en arc de cercle autour de mon ventre pour le protéger des parisiens pressés d’aller bosser ou des touristes pressés d’aller dépenser leur argent (je travaillais au pied des Galeries Lafayette…) était très clairement un avantage.
Maison 1 – Boulot 0

Haha ouais ! Ça me manque vachement !

Haha ouais ! Ça me manque vachement !..

Ensuite, j’ai été en état de congé maternité. L’état de congé maternité… mais qu’est-ce ?
C’est quand tu viens d’accoucher. Que ton dos est en bouillie, que tu ne sais plus où tu es,  que tu vis dans une bulle rien qu’à toi, que ton petit bébé à faim très souvent, toujours quand il ne faudrait pas.Que tes nuits sont rythmées par les tête-à-tête cotonneux, fatigants, magiques, avec cet enfant que tu apprends à découvrir au jour le jour (et vice versa). Que tu partages, dans le secret de la nuit, ces moments dont tu te souviendras toute ta vie avec une énorme chaleur dans ton coeur… Mais dont tu as hâte de voir le bout, quand même, parce que t’es sacrément à la ramasse.
Maison 1 Milliard (ouais, carrément) – Boulot 0

Puis le congé maternité a pris fin. Ma lettre de licenciement est arrivée. C’était l’été. Et pour moi, les grandes vacances : il ne faut pas se laisser abattre.
Vacances 1 – Boulot 0 (tellement zéro qu’il n’y en avait plus, de boulot)

Après ça la rentrée est arrivée. Et moi, j’ai pris pleinement mes fonctions de mère au foyer.
Depuis, je passe mes journées à essuyer les fesses de quelqu’un d’autre (en plus des miennes, cela va sans dire). Je n’ai jamais fait ça à mon travail (il y a bien eu cette fois où mon patron m’a parlé depuis son petit cabinet, en plein pipi – ou pire- et je préfère oublier ce moment traumatisant).
Certain m’appelle même en hurlant depuis les toilettes quand je suis d’essuyage de «crottes de fesses».
Certain aime me décrire ce dont il s’est délesté dans lesdits toilettes et que j’exprime tout haut mon admiration.
Mais je suis sure (même si je ne souhaite pas le vérifier) que ces fesses-là sont mille fois plus jolies que celles de mes anciens collègues.
Donc…
Maison 1 – Boulot 0

Depuis, je ne peux plus profiter de ma pause du midi pour aller faire les magasins ou, plus vital, pour me faire épiler.
À la place, je «fais Tigrou» en plein milieu du plat de résistance, à la demande générale (enfin… à la demande de celui des deux qui sait demander).
Maison 1 – Boulot 0 (C’est ainsi que j’ai découvert mon talent pour imiter Tigrou – par contre Porcinet est encore hors de portée pour moi. Je suis donc une artiste en éveil… mais poilue)

Du coup je porte ce que je veux, personne ne me juge...

Du coup je porte ce que je veux, personne ne me juge…

Depuis, j’ai le plus grand mal à trouver des vêtements qui ne soient pas maculés de lait, vomi, morve, purée. Alors j’opte pour des vêtements tachés. Parfois, il y en a même dans mes cheveux, des choses qui collent. Mais c’était déjà comme ça avant. C’est juste que je faisais davantage d’efforts pour cacher tout ça.
Maison 1 – Boulot 1 (depuis que je suis Maman, je suis sale, c’est comme ça)

Depuis, quand je dis «vas dans ta chambre avant que je m’énerve», ça ne fait aucun effet. La personne à qui l’ordre s’adresse reste plantée là, en plein milieu du salon, à imiter Winnie, ou le père Noël, ou un chat de gouttière. Mais il m’aime et je l’aime, c’est peut-être ça qui compte, au fond…
Avant, quand je disais «retourne dans ton bureau, tu nous empêche d’avancer !», on m’obéissait sur le champs. Et on me détestait pour l’éternité…
Pffff on va dire Maison 1 – Boulot 0 (je me suis attachée au chat de gouttière ; même s’il crache beaucoup)

Depuis, j’ai dû utiliser le RER et le métro à peu près dix fois… Contre deux fois par jour, minimum, à l’époque. Finis les trajets collé-serré contre la sueur de mes voisins, leur haleine du matin ou pire, du soir. Les mains fureteuses de certains qui trouvent drôle de profiter d’une très forte affluence pour vous tripoter, l’air de rien… Les gens qui avancent en faisant semblant de ne pas vous voir et vous défoncent une épaule, un sein, ou les deux. Les gens à qui vous rendez la monnaie de leur pièce (oui, je suis comme ça. Paris réveille la bête qui sommeille en moi ; ça ne me fait pas plaisir, mais c’est comme ça : tu te bats ou tu crèves dans cette ville de maboules).
Maison 18 897 670 (houuu ! Joli score la Maison !) – Boulot moins 45

Depuis, je ne vais plus très souvent dans Paris, qui est quand même une chouette ville. En me couchant, le soir, je ne souffre plus en pensant au vide productif et intellectuel de ma journée du lendemain. Mais je ne passe plus mes journées avec celles de mes collègues qui sont devenues de vraies amies. Finies, les semaines entières à partager toutes ces choses. Ce travail dont on peut être fières (encore aujourd’hui). Le stress, les deadlines, les timesheet, les briefs et autres mots en anglais. Les recos, les rendez-vous, les gloires, les flops, les fous rires. Les chorégraphies de Beyoncé en plein milieu du bureau, même enceinte de 5 mois (ne me jugez pas). Les colères, les ras-le-bol, les «mais quel connard» qui s’échappaient parfois à voix haute (dans l’espoir qu’il l’entende, peut-être ?..).
Elles, et moi, notre travail. Nos beaux instants. Ce qu’elles m’ont appris. Ce que je n’oublierai pas. Ce qui fait ce que je suis. Ce qui laisse ce vide, tous les jours.
Maison hors jeu – Boulot 20/20 (mais avec une certaine amertume)

À l’époque, j’avançais dans ma vie professionnelle en essayant d’apprendre et de m’améliorer. Parfois j’étais nulle ; d’autres fois un peu moins. Je ne me torturais pas pour tout ça. C’était juste un boulot : je faisais ce qu’il fallait pour gagner ma vie, et c’était déjà pas mal.
Depuis que je suis chez moi, je doute en permanence. De la mère que je suis, de ce que je fais, de mes réactions, de mon autorité (enfin dans ce domaine il y a peu de place pour le doute : je n’en ai AUCUNE). Je me trouve nulle en moyenne 18h sur 24. Chaque jour. Je n’ai pas de travail qui me permette de gagner ma vie, mais je suis constamment débordée de boulot. J’ai un statut qui ne jouit pas d’une grande reconnaissance de la part de la société, qui n’a pas la classe, dont on ne comprend pas grand chose tant qu’on ne l’a pas vécu… Je n’ai aucun repère, rien qui me dise si je fais bien ou pas. Je flotte totalement et s’il y a une chose dont je ne doute pas, c’est que je suis complètement à la ramasse.
Maison 1 (je ne serai jamais parfaite et je commence à comprendre qu’il faudra s’y faire ; je considère donc avoir fait de gros progrès) – Boulot 1

Depuis, je passe énormément de temps avec mes enfants. C’est loin d’être facile, mais quand j’y regarde de plus près… Hé bien, tout simplement, désormais, lorsque j’entendrai « Il venait d’avoir 18 ans », je penserai à Dalida, à Pascal Sevran, certes. Mais, par dessus tout, je penserai aux fous rires échangés avec ces enfants-là un certain mercredi d’hiver. Aux larmes qui en résultèrent : d’être idiots, d’en rire sans se retenir, de s’aimer comme ça et d’être ensemble pour le vivre.
Maison 3 millions – Boulot 0 (… Là tu te vantes, la Maison …)

Depuis, je me fais gronder tout le temps. À mon travail, il ne m’est arrivé que très rarement d’être reprise sèchement ou même de me faire hurler dessus. D’ailleurs, les 3 ou 4 fois où j’ai fait d’énormes bourdes, ça c’est plutôt bien passé… À la maison, on me crie dessus pour venir essuyer les cacas (et le ton monte si je n’accoure pas assez vite), pour manger (et le ton monte si je n’accoure pas assez vite), pour changer des couches intensément crottées (et le ton monte si je n’accoure pas assez vite) (oui, je fais des copiers/collers là…)… Et pire, l’engueulade est à son comble lorsque j’ose appeler Grand Grain de Sel par son prénom alors qu’il est en pleine incarnation du «Méchant Edgar» des Aristochats.
Maison 1 (je vous rassure, je crie aussi : puisqu’il est écrit quelque part qu’en fait, c’est le parent qui doit gronder son enfant, et pas l’inverse) – Boulot 5 (parce que j’aimais bien, quand même, quand on me foutait la paix)

Depuis, ça n’a plus jamais été un problème logistique lorsque les enfants ont été malades. Heureusement parce qu’ils «attrapent malade» à peu près toutes les semaines depuis septembre.
À l’époque, lorsque mon fils était malade, c’était, avouons-le, très chiant (ma fille, elle, avait le bon gout de n’être jamais malade. Elle était dans mon ventre et s’y est très bien tenue pendant 8 mois et demis. J’ai bien apprécié).
Maison 1 – Boulot 0

Enfin, énorme différence entre mon travail et ma vie à la maison : ma fille. Pendant un temps, j’allais au travail en rêvant d’elle. Puis j’ai été au travail AVEC elle, à l’intérieur (la chance qu’elle a eu de m’y accompagner, sérieux !). Puis je l’ai couvée consciencieusement depuis mon canapé durant les longues siestes qui ont rythmé ma fin de grossesse. Ensuite, elle naquit (ben oui, je conjugue, ça donne ça… pas de ma faute…). Et depuis tout ce temps, je savoure mes journées en sa compagnie. La vie avec elle est douce comme du miel. Passer la quasi intégralité de mon temps en tête-à-tête avec cette personne-là ne me fait rien regretter de ma vie d’avant. Mieux : elle me fait tout oublier par ses sourires, si nombreux, ses numéros de charme qu’elle peaufine jour après jour, et son petite caractère de coquine qui m’amuse énormément. Quand j’avais encore un travail, je n’avais pas de fille.
Donc, forcément :
Maison Infini, score non évaluable en chiffres mais estimable en galaxies – Boulot 0 pointé

Je crois que j’ai fait le tour.
Je vais donc m’adonner à un décompte honnête et totalement transparent.

*Roulement de tambour*

Score pour la vie à la Maison : l’infini des galaxies + Un Milliard, vingt-et-un millions, huit-cent quatre-vingt-dix-sept mille et six-cent soixante dix-neuf points (ça fait ça quoi : beaucoup beaucoup beaucoup, plein, gros score qui tue + 1 021 897 679).
Pas mal, la Maison ! Clap clap clap !

Score pour la vie de boulot : 27. Houu ! Le flop !

Le boulot se fait donc salement coiffer au poteau… Pourtant je m’y remets, au boulot : parce que ça fait quand même un an, tudieu ! (d’après mon calcul, la solution serait tout de même de travailler à la maison)

Hé oui, déjà un an…

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24 Comments

  1. J’aurais je pense a peu près eu les mêmes scores avec un -2000 pour le boulot

  2. Didi

    Ouai…bah j’ai encore pleuré en lisant ça….merci 🙂

  3. J’adore c’est tout à fait çà. Moi aussi je savoure la vie à la maison avec mes 3 bébés. Bon je dépose les deux grands ( 5 et 3 ans et demi ) et je savoure mes instants avec bébé de 14 mois.
    On apprécie ces moments avec nos enfants, une parenthèse enchantée pour les voir grandir un peu avant de reprendre le chemin du travail.
    Je connais aussi les moments d’impatience des enfants. Ben quoi on est là on peut le faire non. Quelle patience ont nos chères têtes blondes.

  4. Je n’aurais pas le courage de compter mais je pense que j’aurais le même genre de résultats. C’est pas glamour, c’est pas cher payé, c’est pas reconnu, mais j’adore cette vie. Merci de le clamer si haut et si fort !

    • C’est une drôle de vie… c’est marrant, on croit qu’on arrive à imaginer ce que c’est d’être mère au foyer. Mais en fait, c’est beaucoup plus intense (en bien comme en moins bien) que ce que j’aurais pensé ! Merci à toi 😉

  5. vive la maison !!!!!!!!!!!!!!

  6. Les joies de la maman-itude! Reprends en freelance sinon, c’est chouette même si le temps passe par contre beaucoup plus vite !
    « Paris réveille la bête qui sommeille en moi ; ça ne me fait pas plaisir, mais c’est comme ça : tu te bats ou tu crèves dans cette ville de maboules »… »au lieu de me battre chaque matin, les bras en arc de cercle autour de mon ventre pour le protéger des parisiens pressés d’aller bosser ou des touristes pressés d’aller dépenser leur argent »
    Si tu trouves un peu de temps (et ça n’a pas l’air d’être le cas), je t’invite à venir faire un tour sur mon blog qui illustre parfaitement tes belles phrases…
    Plein de belles choses.

  7. Je suis sûre que tu as déjà lu ce bel et drôle article:
    http://yahoo.mamantravaille.fr/maman_travaille/2008/12/t%C3%A9l%C3%A9travail-les-5-choses-%C3%A0-ne-pas-faire-quand-le-bureau-est-%C3%A0-la-maison.html

    Je cherche aussi, mais sans trouver la solution. Je travaille à la maison, mais je ne travaille pas assez… Je travaille à l’extérieur, mais je me morfonds en pensant à mes filles!

    Bravo à toi pour ce joli texte!

    • Très drôle cet article ! Merci pour le lien, je le garde, ça va m’inspirer ! Merci beaucoup pour ce gentil compliment ! Oui, on est toutes (et tous) d’accord, dès qu’on a des enfants, on se sent toujours tiraillés. Pas facile !

  8. J’ai bcp aimé cet article, et surtout sa conclusion, si évidente et si désirée par tant de monde, surement moi inclus…

  9. Quelqu’un m’a dit un jour qu’être maman ce n’était pas un métier. Je suis d’accord, c’est bien plus qu’un métier, nous sommes sollicités à n’importe quel moment de la journée jours après jours. Mais je vis cette vie depuis plusieurs mois maintenant après avoir toujours juré que je ne serais jamais mère au foyer, et rien ne me semble plus épanouissant que ces moments que je passe avec mon fils. Dommage que notre statut ne soit pas un peu mieux reconnu (surtout pour un premier enfant) et que pour beaucoup de gens « mère au foyer » rime avec « jouer toute la journée ».

  10. Merci pour ce moment de rire / émotion / réflexion 🙂

    • Merci beaucoup Marlène ! J’espère, d’ici quelques mois, pouvoir écrire un billet aussi fourni (et scientifique, n’est-ce pas) sur « Maman est à la maison VS Maman est à son compte » 😉

  11. J’adore mon boulot mais j’espère pouvoir prendre un congé parental d’un an quand on lancera numérobis.
    Ta vision des choses donnent fortement envie en tout cas. 🙂
    J’ai vraiment envie de pouvoir passer plus de temps avec mon fiston. Mais le boulot gagne encore sur le plan financier 😉

    • Ma vision en est une parmi d’autres. Je suis contente qu’elle t’inspire ! L’argent sera toujours une question importante : à ma connaissance, personne ne vit d’amour et d’eau fraîche (on essaye hein, mais ya toujours un moment où ça coince ;-)). Tu sais, tu peux aussi reprendre à temps partiel, dans le cadre du congé parental. Ça peut être un bon compromis pour passer beaucoup plus de temps avec tes enfants tout en gardant un revenu ! Je te souhaite de trouver la solution qui te rendra heureuse 😉

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