Changer de vie – Qu’est-ce que je quitte ?

Il y a quelques semaines, j’ai lu un article intitulé :
« À quoi sait-on qu’il est temps de changer ? »
Ayant pris pour habitude de m’abreuver d’écrits abordant le thème du changement de vie, j’ai lu.
À ce stade, et si j’étais vraiment sympa, je vous indiquerais le lien vers cet article, qui, je le précise au passage, était très intéressant. Mais j’ai perdu l’article.
Bon.
Tant mieux, dirais-je, puisque je vais vous proposer d’aborder ce sujet sous un angle à la sauce Grain de Sel.

Hé ben déjà : pourquoi tu pars ?
Ma question ne serait pas tant « à quoi sait-on qu’il est temps de changer ? ».
Ça je sais, c’est trop facile : en ce qui me concerne, le moment me semble venu de partir dès lors que la phrase « je veux me barrer » ne surgit plus uniquement lors de coups de colères ou de disputes, mais également dans les périodes d’apaisement où il ne se passe rien.
Par exemple : je suis aux toilettes en train de chanter (parce que ça raisonne, dans les toilettes. J’aime bien) et pourtant, la petite voix dans ma tête hurle à la mort qu’elle n’en peut plus et qu’elle veut partir.
Quand la petite voix craque, c’est que tu craques aussi : alors pars.

Ceci étant dit, la vraie question que je me suis posée, du coup, c’est :
« Pourquoi les gens partent-ils ? ».

Qu’est-ce qui nous pousse, nous les changeurs de vie, à tout chambouler comme ça ? (à part un grain de folie, un idéalisme à toute épreuve et la haine du RER, j’entends).
Quelles seraient les bonnes raisons de changer de vie ?
Si tant est qu’il y en eut jamais…
J’ai recensé pour vous quelques motivations qui me paraissaient les plus courantes en matière de changement de vie. Pour voir ce que ça donnerait de creuser un peu…

– Je ne peux plus voir sa tronche
La personne quitte : une histoire d’amour avariée, une famille complexe, un patron complexe aussi (mais con, davantage que plexe), des voisins qui puent…

Sa destination : l’antipode, une île déserte, l’Australie, Marseille, une autre entreprise ou une ville pas loin de son point de départ (mais où elle ne dévoilera sa nouvelle adresse à personne).

Le risque : les séquelles de la relation, quelle qu’elle ait été, collent à la peau de cette personne.
Vous savez ce qu’on dit ?
« Quand tu pars, tu emportes tes problèmes avec toi. »

La solution : oui, si vous n’êtes pas bien dans votre vie et que vous pensez que partir est une solution, je trouve que vous devriez le faire. Mais pourquoi ne pas introduire un palier d’essai avant de faire le grand saut ? Partez en voyage, oui, mais 2 jours à Disney Land, juste pour expérimenter l’exotisme. Renouvelez-vous, oui, : une nouvelle coupe de cheveux (c’est un classique), de nouveaux amis (un de perdu, 6 de retrouvés… non, pas 10, c’est pas vrai ce truc), un bébé chien.
Testez le principe avant de prendre une décision radicale : parce que vivre à L.A. oui. Vivre à L.A. avec le cœur brisé : c’est un peu pareil que vivre à Paris avec le cœur brisé, non ?
Ha non, je ne crois pas, vous avez raison : partez… (mais choisissez plutôt New York alors, si possible).

– Je veux vivre au soleil toute l’année
La personne quitte : un climat tempéré. Ou Winterfell.

Sa destination : n’importe quelle île tropicale et/ou bordée de lagons portant un nom de gel douche ou de cocktail.

Risque : de s’éclater comme une dingue pendant les 3 premiers mois, voire même les 30 premières années de sa vie à Tahiti.
Risque aussi : cette personne a les quatre saisons dans la peau. Et ce n’est qu’après avoir atterri à 10 000 km des températures proches de zéro, dans une vie faite de débardeurs 365 jours par ans, qu’elle réalise que les gerçures et la buée dans l’air quand elle parle lui manquent.

La solution : j’ai toujours trouvé intriguant qu’il fut possible, pour certains, de vivre en été toute l’année. Alors de mon point de vue : il faut partir. Et si l’hiver vous manque trop : revenez pour Noël, ou installez une chambre froide dans un coin de la maison et allez vous y détendre avec votre doudoune quand vous avez le mal du pays. Mais partez, puisque ça vous chatouille le dessous des chaussettes en laine polaire. Le soleil, l’océan, les plats épicés et le piment qu’on croque comme ça, à sec : c’est beau, c’est fort, c’est la vie. Je valide le soleil, je valide Noël en short.

– Je veux vivre dans un climat qui prête à discussion
La personne quitte : une région dont elle a le sentiment d’avoir fait le tour, mais dont le climat est reconnu par la société toute entière pour sa production équidistante de saisons chaudes et fraîches, voire froides (= Paris).

Sa destination : un climat soupçonné d’hyperproduction d’humidité et décrié pour son manque d’esprit festif, l’hiver, dû à une absence persistante de neige (= Brest).

Risque : de se féliciter d’avoir quand même emporté ses vêtements d’été. Et ne regrettera pas d’avoir toujours ses lunettes de soleil et sa crème solaire à portée de la main. Toute l’année, oui, mais surtout d’avril à octobre (ce qui couvre à peu près toute l’année, en fait).

La solution : ne pas raconter à tout le monde que le climat douteux vers lequel vous avez changé de vie est en fait un climat fort plaisant. Non pas que je le condamne, moi : mais tout le monde me dit d’arrêter de dire que le temps brestois est agréable, rapport au fait qu’ils disent que nous sommes bien ici, avec notre quota habituel de touristes l’été.

– Ce m’étier n’est pas fait pour moi, finalement (à moins que ce ne soit l’inverse)
La personne quitte : un emploi dans lequel « elle ne s’épanouissait plus », « ne trouvait plus le sens », « se sentait trop en décalage avec ses valeurs», « avait envie de vomir tous les lundis matins à l’idée d’y retourner ».

Sa destination : un travail « qui lui ressemble vraiment », « qui lui donne envie de se lever le matin », « qui corresponde vraiment à ses vraies valeurs en vrai de vrai».

Risque : un rétablissement de son équilibre intestinal le lundi matin. Et un grand soulagement, dans un premier temps.
MAIS, après avoir tout quitté en claquant la porte, n’écoutant que son instinct de survie, elle risque aussi de se retrouver à chercher encore un sens à sa vie, 5 ans plus tard.
On dit :
« Tu sais ce que tu quittes, mais tu ne sais pas ce que tu vas trouver. »

(Notez que j’ai beaucoup de phrases pré-mâchées en tête à propos de changement de vie : les aurais-je, par un doux hasard, beaucoup entendues ?..)

Lorsqu’on quitte un métier, pensant qu’il ne nous correspond plus, je crois qu’il faut en profiter pour chercher vraiment ce que nous voulons faire de notre vie.
Je prends du temps sur ce point-là parce que moi aussi, j’ai dit que je quittais mon métier pour toujours. Alors qu’en vérité, après une période tendue entre nous, j’ai réalisé que lui ne m’avait jamais quittée. Il est toujours là, il fait partie de moi et de mon histoire. J’aurai beau faire, j’aurai beau dire : il y aura toujours une chargée de communication en moi et je n’arrive pas à la décoller de là. Et j’aime ce métier, vraiment, profondément.
Il y a de moi dans tout ce que j’ai fait (et quitté), et vice-versa.

La solution : Prendre du temps. Parfois beaucoup de temps. Pour comprendre pourquoi vous quittez ce métier-là, comprendre ce qui vous fait vraiment vibrer au fond. Je pense que rien dans notre parcours n’est arrivé pour rien. Faire enfin face à soi-même pour de vrai et se reconnecter profondément à ce que l’on veut mettre dans ce monde : c’est aussi difficile, que douloureux, que passionnant, qu’addictif.
La reconversion est une merveilleuse occasion de faire quelque pas de plus vers vous-même. Profitez-en !

– je veux créer ma propre entreprise / Être ma propre patronne
La personne quitte : un certain lien de subordination. Une vie sans responsabilités (ou si peu). Le salariat. Ou le chômage.

Sa destination : les nuits blanches (haha, je rigole) (pas). L’auto-entrepreneuriat ou la présidence d’une société.

Le risque : tout. Mais qui dit « tout risquer » veut dire, aussi : risquer de réussir. Donc…

La solution : l’endurance. Ça va être difficile, mais ça en vaudra la peine, que ça marche ou pas.

– Je veux un logement plus grand qui coûte moins cher
La personne quitte : l’appartement de 60 mètres carrés qu’elle partageait, en banlieue parisienne, avec son mari, ses deux enfants, son chat, son ficus et la fumée de joint des voisins du dessous qui remontait dans la tuyauterie des toilettes.

Sa destination : la dignité de l’habitat (pour plus de détails, je vous propose de lire ceci).

Le risque : d’extase, la personne risque de se perdre à l’étage de sa maison et de confondre les toilettes avec le cagibi. C’est fou d’avoir autant de mètre carrés et de pièces (cinq) dans un même logement !

La solution : étudier soigneusement les plans de la nouvelle maison, et vous familiariser avec les grands espaces pour conditionner votre cerveau en vue de votre nouvelle vie.

– Je veux me rapprocher de ma famille
La personne quitte : une vie où elle dépense 75€ de baby-sitter dès qu’elle veut se rappeler ce que ça fait d’avoir une vie sociale.

Sa destination : à 15km de chez ses parents/beaux-parents/tantes, et tout adulte responsable répondant à l’appellation de « famille ».

Le risque : réaliser très vite que Papito et Mimouche, qui n’ont pas pris l’habitude de garder les enfants tous les vendredis, samedi, et dimanche (parfois le mercredi aussi) ont souvent d’autres projets les week end. Parce qu’en fait : ils ont une vie.

La solution : faites du forcing. C’est quand même une chance pour les enfants de passer du temps avec leurs ancêtres !

– J’ai une vie trop parfaite.
La personne quitte : son poste à 100K€ annuels (nets), un conjoint amoureux, des enfants gentils (et beaux), une belle maison et un labrador brun racé. Tant de perfection, ça devenait ennuyeux. La personne affirme en être arrivée à se sentir « comme dans un film et avoir eu l’impression d’être devenue spectatrice de sa vie ».

Sa destination : l’inconnu et l’incertain. Deux mots qu’elle n’avait pas prononcés depuis 1986.

Le risque : chez nous les gens, nous appelons ça la « crise de milieu de vie ».
Comme on dit : « Après la crise, le beau temps ».
Non, en réalité, personne n’a jamais dit ça (à part moi à l’instant).
La crise, comme son nom l’indique, est un événement fortuit, limité dans le temps. Le risque est donc que, la crise passée, la personne se rende compte que si elle avait une vie parfaite, ce n’était pas pour rien.
Ou alors… ou alors la crise passe et l’envie (ou le besoin) de partir persiste.

La solution : dans le premier cas, récupérez tout. Vous aviez une vie parfaite, et vous aviez besoin de prendre du recul pour réaliser combien cela vous convenait parfaitement.
Dans le second cas, partez : parce que « parfait » n’existe pas, mais « heureux », oui.

– J’ai une vie pourrie.
La personne quitte : une vie de merde. Où s’enchainent les problèmes, les ennuis, suivis par les soucis et les galères.

Sa destination : la PAIX.

Risque : la personne pourrait faire preuve d’un talent particulier pour se construire une vie pourrie. En cela elle risque de reproduire les mêmes schémas n’importe où ailleurs.
Ceci dit, le plus grand risque de ce cas de figure reste tout de même de vivre une vie meilleure (parce que si vous partez d’une vie particulièrement merdique, il ne vous sera pas difficile de faire mieux).

La solution : dans un cas comme dans l’autre, partez. Vous ne pourrez pas faire plus pourri que votre vie d’avant. Et si jamais c’était le cas : votre long entrainement pour la galère est une arme grâce à laquelle vous saurez faire face à tous les obstacles.

– J’ai fait une grosse bêtise.
La personne quitte : son appartement, un client furax, un cadavre, la police, une voiture volée, une femme trompée, une fraude fiscale, le pays.

Sa destination : l’anonymat. Et/ou la Suisse.

Le risque : tout comme les problèmes, les bêtises survivent à l’éloignement. Et quel que soit le méfait commis, il vous poursuivra jusqu’au cœur de la nuit : se rappelant à votre souvenir coupable par le biais de cauchemars cruels et traumatisants. Et ne vous laissera en paix qu’au fond de votre tombe. (Là, pour appuyer mon propos, il me faudrait un gros rire grave et effrayant, voire même menaçant)

La solution : rester sage. Ou changer de visage (et de sexe, si possible, histoire de mettre toute les chances de votre côté).

Et vous : pour quelle(s) raison(s) avez-vous changé de vie ?

 

 

 

18 Comments

  1. J’ai changé souvent et je change très vite, en 3 mois c’est bouclé !!!! Parfois je me dis que dès que tout semble acquis ça me démange mais en fait je ne réfléchi pas trop, life is short. La raison : je ne veux faire que ce que je veux #pourriegatée. Mon mari et mon fils ont de la chance pour l’instant je les garde 😉

  2. … pour retrouver notre Bretagne … et le soleil quotidien 😉

  3. Hello! Nous on a changé de vie par opportunité professionnelle…
    Jorge a dit banco pour un poste sur Nantes… ville dans laquelle nous n’avions jamais mis les pieds!
    Mais comme tu dis… la possibilité de cesser de courir tout le temps, d’avoir une vraie qualité de vie… on a dit oui!
    Maintenant, d’avoir les potes et la famille loin, c’est un peu pesant 🙂

    • Je n’ai même pas pensé à cette possibilité-là ! »Je pars parce que j’ai trouvé un boulot ailleurs » 😉 Oui je suis d’accord, les potes et la famille (notamment les grands parents- loin), j’aime pas.

  4. Aha pour moi ça a été « j’ai une vie pourrie » causée par de multiples cas de « je peux plus voir sa tronche »
    J’ai commencé par quitter ma chef et mon boulot qui étaient tout deux ingérables (ça fait ce genre d’effet quand on doit déjà remplacer 5 personnes et qu’on a une chef complexe). Bon du coup je me suis retrouvée sans boulot à part un contrat de rédactrice freelance et assez peu d’opportunités de retrouver dans mon domaine et là où j’habitais (bah ouais, le tourisme en octobre dans la campagne profonde c’est pas très porteur …)
    Ensuite j’ai quitté ma mère qui me rendait la vie impossible. Le type de personne jamais contente de rien. Et j’ai quitté mon mec, enfin pas vraiment quitté, techniquement on était censé rester ensemble mais comme j’ai pas de nouvelles depuis plus de 2 mois je suppose que c’est fini. Enfin pour moi ça l’est.

    Résultat des courses, j’ai quitté plein de gens et de trucs toxiques et aujourd’hui je suis au Japon, j’ai un/des boulots dans lesquels je gagne autant qu’avant pour moins de tracasseries, et j’ai un copain génial. C’était risqué, j’avais peur que mes problèmes me suivent mais ça devait être un peu trop loin pour eux ^^

  5. Cela fait bien 3-4 ans que je ressens ce mal-être, cette démangeaison qui me pousse à changer de vie. Je n’arrivais pas vraiment à mettre le doigt sur la raison, mais finalement, tu m’as ouvert les yeux. Je dois effectivement avoir une vie trop parfaite…
    😉

  6. Hahaaaa; tu m’as trop fait rire….Bref sinon j’ai changé de vie sans changé de ville, ni de mari, j’ai juste quitté mon boulot et mis en place le mode de vie que je voulais mettre depuis des lustres et ça va mieux!!!

  7. anne-cécile

    Parce que… je n’ai pas eu le choix.
    Et finalement, ce n’est pas plus mal. Parce que c’est une fois qu’on a changé de vie qu’on se rend compte à quel point la précédente était peut-être finalement « bien mais pas top ». Parce que ça fait un tri naturel (gens, choses, envies, vrais trucs de la vie). Parce qu’avoir deux vies dans une c’est quand même bien mieux (et qu’on n’est jamais à l’abri d’une troisième…). Parce que comme ça on peut déjeuner en terrasse avec vue sur mer et bateaux 😉
    Et ça c’est cool!

    • Ha lais oui la terrasse ! Dans le tri naturel, tu peux aussi compter les objets et vêtements qui encombrent et qu’on jette enfin, sous prétexte de déménager !
      Et oui comme tu dis, après une deuxième vie, c’est comme si naturellement, il pouvait y en avoir des dizaines d’autres. Ma doué que c’est bon 😉

  8. gynia

    Ca me parle tellement sur le metier…

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