Le goûter : témoignage d’une rescapée

Je ne vais pas raconter comment s’organise un goûter d’anniversaire. Tout le monde sait organiser un goûter d’anniversaire.

Il faut un gâteau qui représente quelque chose (pas le gâteau yahourt des samedis normaux et donc, sans saveur – sauf que c’est du gâteau). Il faut une décoration, pour dire : « c’est la fête, j’ai accroché d’horrible fanions Spider Man à mes baies vitrées ! Hiiii ! ». Et inviter les copains : pour que ça fasse du bruit, du désordre et du sale. Comme nos fêtes à nous, mais sans alcool.

Donc je ne vais pas raconter.

Moi-même j’ai trouvé toute seule comment organiser le goûter d’anniversaire de mon enfant, en n’utilisant que très peu Internet et aucun conseil de la part de mon entourage (Dieu m’en préserve).

D’autant que ce qui intéresse les parents, le plus souvent, c’est : comment survit-on à un goûter d’anniversaire avec des enfants dedans ?

C’est là que j’interviens.
Car j’ai moi-même failli y laisser ma peau. Et le petit aussi (qui du même coup est déjà plus grand d’un an, finalement).
Je n’en étais pas à mon premier goûter et pourtant, la question de la survie s’est réellement posée.

De base, je m’en sortais bien : du gâteau en « château de pirate samouraïs du ciel» avancé en premier choix, j’avais réussi à forcer la tendance en faveur du bouclier de Captain America. Un truc rond avec 2 bandes rouges parallèles et circulaires sur fond blanc, et une étoile bleue au milieu. Glaçage en dessous duquel j’avais décidé de positionner un fondant au chocolat : à peu près un kilo de beurre et de sucre, du chocolat, et un peu d’œuf et de farine, pour faire pâtisserie (et non pas « pour faire tapisserie » : car mes gâteaux valent mieux que ça).

Bref, côté gâteau j’étais plutôt tranquilette pépette.

Evidemment, le résultat était absolument hideux. Mais je le vis bien : j’ai d’autres talents que celui de faire des gâteaux montrables sur les réseaux sociaux pour les anniversaires de mes enfants (de toute évidence). Et puis comme ça j’ai appris à faire de la pâte de sucre et à y mettre du colorant alimentaire. L’espace d’un instant, c’était comme si c’était moi qui avais 5 ans.

La décoration n’a pas été un problème : avec mon époux, nous avons longuement réfléchi à la question et… Non je déconne : nous avons opté pour pas.
Pas de déco. Voilà. Plus rapide, économique et efficace, tu peux pas.

Heureusement il y avait de la vaisselle jetable Spiderman et des trucs qui ne servent à rien : des serviettes en papier (alors qu’ils se sont tous essuyé/mouché dans leurs manches), et des gobelets (alors qu’ils ont bu leurs Fruit shoots au goulot : comme le font les gens vraiment cool).

Ajoutez à tout cela un essaim d’enfants âgés de 1 an à 6 ans. Hurlant, courant, se battant pour la petite voiture de course qui est mieux que la mini Smart (c’est pas faux)… Poussant des « HOOO ! » en apercevant mon gâteau moche et n’en mangeant que deux bouchées du bout des lèvres : trop pressés de retourner jouer dans la chambre avec la moto Spiderman qui fait du bruit et le bateau de pirate qu’on suspend au velux.

Oui, mettez-y tout ça et voici un goûter d’anniversaire parfaitement réussi.

Et pour que cela ressemble à une fête dans son interprétation universelle, proposez à 15 personnes (de plus de 25 ans) de venir diner le soir : « pour marquer le coup ». Et boire.

Car pour boire, il faut attendre que le goûter soit fini. Car si vous êtes avinés, les parents des copains invités risquent de se sentir déstabilisés au niveau de la confiance. Et de refuser de vous confier leurs enfants.
Hors, le copain invité est, juste après les cadeaux et juste avant le gâteau, l’essence même du goûter d’anniversaire. Pas de copains, pas de goûter.

Bref, j'ai organisé un gouter d'aniversaire

Bref, j’ai organisé un gouter d’anniversaire

Voilà. Ça fait 8 enfants jeunes, capricieux et surexcités. Un gâteau dont le succès me fait encore douter de l’intérêt d’avoir opté pour du fait maison plutôt qu’un sachet de pâte toute prête qui ressemble à de l’excrément bovin. 15 adultes à nourrir. Une virée course en plein milieu de la journée (j’avais oublié des trucs au magasin). 180 aller-retour dans l’escalier, en courant (j’avais oublié des trucs à l’étage). Un coucher tardif…

Et le roi de la fête, ma progéniture adorée : debout depuis 7h, n’ayant pas fait l’expérience de l’immobilité jusqu’à l’heure tardive de 21h45 (avoir 5 ans, c’est trop excitant pour rester bêtement immobile. A 5 ans, on saute, on crie, on court). Résistant à l’idée de s’aliter jusqu’au départ du dernier invité.

Et vous obtenez ?

Un enfant qui répand sur le canapé beige du salon le sang qui lui dégouline du nez.
Qui se couche dans un état douteux.
Heureusement nous avions des infirmières dans l’assemblée pour nous éclairer sur la chose. Heureusement, car je m’y connais mal en saignement nasal. Apparemment, il s’agissait de fatigue, mêlée à l’excitation (j’espère que ça ne venait pas de mon gâteau).

Tiré de son sommeil à 3h du matin par une quinte de toux, l’enfant dû faire face à une recrudescence du saignement nasal.
Sous le choc de mon réveil en sursaut, du sprint qui suivit et de la vue du sang de mon fils, je suis tout naturellement tombée dans les pommes.

Riez.
Ho ben si, riez !

Parce qu’ici, lorsque je leur ai raconté que je m’étais réveillée allongée sur le sol de la chambre du petit (grand) au bout de je ne sais combien de temps, sans savoir comment j’y avais atterri, j’étais la seule à rigoler.
En face de moi : des sourcils qui s’envolent, des mâchoires qui tombent, des regards consternés.

Je m’évanouis une fois tous les 10 ans, je n’en suis donc qu’à ma troisième fois. J’ai peu d’expérience en la matière mais la fois précédente (il y a 10 ans presque pile), j’étais en chemise de nuit, sans rien en dessous. M’écroulant à terre avec la délicatesse d’un éléphant centenaire, me manqua la présence d’esprit de maintenir ma chemise de nuit en place. Je me retrouvai donc au sol, gémissant (davantage par réflexe que pour exprimer quoi que ce soit de tangible), le centre de mon anatomie exposé aux regards des deux seules personnes présentes à mes côtés ce jour-là : mon père et mon frère.
Il me serait très difficile d’atteindre de nouveau un tel niveau d’humiliation.
M’évanouir à l’insu de tous, au pied du lit de mon fils qui s’était déjà rendormi sans saisir l’urgence de l’instant, c’était sans gravité, finalement. Je portais un pyjama. Personne n’a vu mes fesses. Je suis retournée me coucher comme si de rien n’était.
Et me suis dit que je n’étais peut-être pas taillée pour les goûters d’anniversaire.

Alors comment survivre au goûter d’anniversaire de son enfant ?

Il s’en est fallu de peu que je n’y arrivasse pas. Et mon expérience me permet d’entrevoir un début de réponse :

  • Se coucher tôt pendant toute la semaine qui précède (pas uniquement la veille)
  • Manger équilibré et faire une cure de vitamines pendant le mois qui précède le jour J (et pas seulement le matin même)
  • Le jour J : ne pas boire d’alcool du tout. J’en avais moi-même bu très peu, et voyez où cela m’a menée.

Je testerai ces 3 piliers à la prochaine occasion, histoire de vérifier.

Et toi, comment tu survis ? Pour les goûters, certes, mais aussi d’une manière générale ?

13 Comments

  1. marjibk

    Merci pour ce bel article, j’ai franchement bien ri!
    D’autant que le 1er goûter d’anniversaire se fera probablement dans 2 mois. le 1er pour célébrer 4ans je crois que l’on s’en sort pas mal quand même.. on aurai pu commencer plus tôt…
    Je prends note de tes bons conseils.

    Merci pour ce partage, c’était l’article parfait durant ma pause!
    Je m’y remets reboostée!

  2. Emilie

    Comment survivre ? J’externalise, je délègue au maximum (dans la mesure du possible) afin d’éviter d’échouer à l’hôpital psychiatrique. Une seule fois, j’ai accepté une soirée pyjama à la maison avec 6 petits gars (plutôt bien élevés dans l’ensemble) survoltés : nuit blanche pour tous, sauf qu’eux pétaient la forme le lendemain, pas moi.
    Je ne suis pas une pro de la déco, je fais de bons gâteaux mais faut pas me demander de reproduire un vaisseau spatial de Star Wars, moi côté présentation c’est basique. De toute façon, comme tu le dis, ils sont souvent tellement excités qu’ils ne finissent pas toujours ledit gâteau. Moi qui suis perfectionniste dans plein de domaines de ma vie, je refuse de me pourrir la vie avec ça et je suis en paix avec ce choix. N’oublions pas que c’est de ma santé mentale qu’il s’agit !

  3. Emilie

    Ah oui, et même si mon enfant est né en plein hiver (pendant les fêtes), je n’organise jamais son anniversaire (avec les copains) avant le printemps. Avant les fêtes, c’est la course, après les fêtes, on se remet, donc j’attends que les jours rallongent et qu’il y ait moyen de faire quelque chose dehors.
    Cela dit, j’admire tous les parents dévoués qui organisent des fêtes chez eux, se chargent de l’animation, de la super déco, du magnifique gâteau, etc. Je suis prête à leur décerner des prix et tout. 🙂

  4. dbo

    j’apprécie toujours autant te lire (et désolée, mais j’ai ri…)
    concernant le malaise, je compatis. Dernière en date chez moi ? des les toilettes, le pantalon sur les chevilles et l’arcade ouverte. So glam….

    A bientôt et repose toi !

  5. ABB

    Excellent ! Je l’ai lu en mangeant seule au restaurant de notre hôtel à midi et je dois dire que je n’ai pas vu le temps passer !

  6. Pardon mais j’ai ri 🙂

  7. Ahhhhhh!
    La pression… Suis à J-2 du premier goûter-d’anniversaire-avec-copains de mon fils qui par conséquent est également mon premier goûter-d’anniversaire-avec-copains de maman. J-2 donc trop tard pour mettre en pratique les 3 piliers… (j’aime vivre dangereusement)

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