À l’heure de la femme vraie : l’ombre qui révèle la lumière

Depuis quelques temps, sur Internet, nous vivons ce que j’appelle « l’heure de la femme vraie ».
Après le boom des réseaux sociaux et la manie encore majoritaire de tout montrer en retouché, en acidulé, en rose bonbon et « tout va bien mais regaaaarde comme ma vie est parfaiiiiite », il y aurait comme un début de ras-le bol.

Sur cette terre, il doit y avoir 0,05% de femmes n’ayant pas de cellulite, pas de rides, pas de cheveux blancs. Et une fois déconnectés de facebook, je n’en vois jamais, moi, des adultes complètement satisfaits et 100% contents dans leur vie.

Parler de nos réussites en taisant nos faiblesses, c’est du pur narcissisme; oser dire tout ce que nous sommes en vrai, et montrer qu’il est possible de construire quelque chose de grand avec ça : ça fait avancer le monde

À l’heure de la femme vraie, donc, j’ai envie de vous parler de ma (très) grande faiblesse. L’angoisse.
Je crois que nous sommes plus fortes (plus forts) d’englober tout ce que nous sommes pour bâtir le beau destin dont nous avons envie. Je crois que dans un blog où j’aime partager ce que j’apprends de la vie et comment je bâtis quelque chose qui, pour l’instant, marche bien : j’ai aussi envie de vous dire que tout ça je le construis également en étant quelqu’un de très angoissé. Je ne peux pas vous parler de mes réussites sans aborder l’ombre qui fait partie de ce que je suis. Ce serait malhonnête et beaucoup moins constructif, finalement. Et ma plus grande trouille dans la vie, c’est l’inutilité.

Ici, ce n’est pas mon journal intime et je n’écris pas pour me dévoiler. Si je le fais, c’est lorsque je pense que cela servira à porter un message important pour moi. Et je veux vous dire qu’à l’heure de la femme vraie, cette énorme faiblesse que j’ai, qui est l’angoisse, ou l’hypersensibilité, je peux en faire quelque chose. Je peux la voir en face et construire quelque chose de très fort pour moi-même.

Quand je vous parle d’optimisme ici, je suis totalement dans ma vérité.

L’optimisme, c’est moi. Le soleil dans le cœur, les paillettes dans les yeux : oui, oui et oui, c’est vraiment ma vie.
Mais bon… J’ai toujours entendu dire que les clowns étaient tristes en coulisses.
Je crois qu’il faut être très sensible, peut-être paradoxalement, pour être optimiste et avoir le cœur à s’accrocher à l’espoir. Jour après jour : l’espoir du monde, l’espoir de soi.
Il faut être sensible pour vous raconter tout ce que je vous raconte quand je vous dis qu’on peut, que c’est possible, qu’on va tous y arriver parce que putain de merde qu’est-ce qu’on est chouettes.

Mais donc, je suis très sensible et parfois cette réalité se rappelle à moi. Et je ne trouve pas ça très gentil, d’abord. Parce que ces angoisses, elles sont vilaines, elles sont méchantes, je ne les aime pas.

Si mon cerveau était une personne, je jurerais qu’il est un fétichiste de l’angoisse : collectionnant tous les types, toutes les formes de la chose. Les sortant des tiroirs quand ça fait trop longtemps qu’il ne les a pas admirées, caressées suavement. Allant toujours en chercher de nouvelles, des comme il n’en a pas encore : pour parfaire sa collection.

Fait chier, mon cerveau.

J’ai raconté mes angoisses à ma copine Christel hier et elle m’a répondu ce qu’on me répond souvent : « ha bon ? Je ne te voyais pas comme ça ».
Ben non hein. Les gens voient ce que je montre. Et je montre plus facilement mon énergie débordante de jovialité que mon naturel angoissé et torturé. Je trouve plus facile de faire face avec de la bonne humeur que de m’engouffrer dans mes angoisses. Et puis longtemps aussi, j’avais peur de perdre quelque chose à avouer que non, je n’étais pas tout le temps au top. Les choses ont changé, maintenant je m’en fiche et surtout : je veux vivre dans le vrai. La vraie moi peut être aussi optimiste qu’angoissée.

Les wonderwomen, ça n’existe pas. De fait, Wonderwoman elle-même n’existe pas (désolée si je viens de briser un secret, mais en effet : il s’agit d’un personnage de fiction).
Je vais même plus loin : personne n’a jamais demandé à personne d’être parfait(e).
Et depuis que j’ai oublié d’avoir peur d’avouer que je suis très imparfaite : je ne vois plus du tout l’intérêt de faire comme si de rien n’était.
On peut être pétrie de doutes et déplacer des montagnes.
On peut être effrayée de tout et croire encore davantage.
Est-ce logique ? Je n’en sais rien. C’est humain, ça c’est certain. Et est-ce que l’humain est toujours logique ? Non, je ne crois pas. Je n’ai pas besoin d’être logique, j’ai besoin de vivre.

Si j’ai eu envie de vous raconter ça aujourd’hui, c’est aussi parce qu’à vos commentaires et courriers, j’ai souvent eu la sensation que cette sensibilité-là pouvait aussi être la votre.
Peut-être pas dans les mêmes termes… Mais la remise en question qui frappe parfois un peu trop en travers de la tronche, beaucoup d’entre nous la connaissent.

D’ailleurs vous savez, mon métier c’est de rencontrer beaucoup de gens et de les accompagner dans un travail qui soulève beaucoup de ces remises en question : ces angoisses de pas assez, de trop, de pas comme il faut. Cette peur du vide et de la chute : je les connais pour les côtoyer en permanence.
Si je me sens si proches d’eux, de vous… Et si j’aime autant vous transmettre tout l’optimisme que j’ai au fond de l’âme : c’est aussi et surtout parce que moi aussi, je doute. Un peu, beaucoup, comme une grosse malade. Ça dépend des sujets, ça dépend des moments.
Mais je sais.
Je vous comprends et je vous entends parce que moi aussi, bien souvent, j’en suis là : au fond de mes ombres. Je crois même que c’est pour ça que je suis bonne dans ce que je fais (ha ben oui… j’ai dit « angoissée », par contre je sais reconnaitre mes talents, une fois de temps en temps. C’est déjà ça).

Et si nous voulons être soleil, nous devrons accepter que ce dernier, dans ses rayons, crée de l’ombre.

Et finalement, ils sont beaux les gens, avec leurs faiblesses.
J’ai entendu cette expression récemment : « c’est l’ombre qui prouve que le soleil brille ».
Ce sont nos ombres qui accentuent nos lumières.
Tout est dual sur cette terre. L’être humain n’échappe pas à cette réalité.
J’en déduis donc que nous battre pour refuser notre ombre et tenter de l’éliminer est totalement vain. L’ombre est là. Elle prouve la brillance du soleil. Et si nous voulons être soleil, nous devrons accepter que ce dernier, dans ses rayons, crée de l’ombre.

Très bien, très bien… Et on fait quoi maintenant ?

D’emblée, j’aurais tendance à commencer par : on se pardonne.
Puisqu’il est inscrit profondément dans notre nature, dans la nature, d’être faits de zones d’ombre…
Avec le recul, je crois que c’est ce dans quoi j’ai investi le plus d’énergie, durant ce mois de mai qui a été très angoissant, pour moi : me pardonner d’être telle que je suis. Avec toute cette ombre. La laisser être. Pour pouvoir enfin permettre aux rayons du soleil de l’envahir un par un : jusqu’à la remplacer. La terre tourne autour du soleil. Et nous avec. Tout est un cycle. Tout arrive, tout repart, tout revient.
Et surtout, la paix, je crois, vient une fois que nous arrêtons de nous battre contre ce qui est.
De nous battre contre ce que nous sommes.

Et surtout…
Mais vous me connaissez et devinez surement ce qui va suivre…
Pour jouer avec nos zones d’ombre et en devenir maitresses (zé maîtres) plutôt que de les laisser nous submerger, je crois qu’il faut apprendre à nous aimer nous-mêmes.
Haaa l’amour !..
Et je dis bien « apprendre » : car c’est un apprentissage.

Apprendre à s’aimer POUR nos faiblesses.
C’est un angle malin, si vous voulez mon avis. Il vaut mieux s’aimer d’être imparfaits que s’acharner à devenir parfaits, ce qui n’arrivera jamais. Jamais !
Par contre être imparfaits, ma foi, nous le serons toujours et même : parfois davantage que d’habitude. Alors baser notre amour sur cette valeur sure et constante me paraît le moyen le plus sûr de s’aimer pour de vrai, pendant très, très longtemps.

Alors aujourd’hui serait un bon jour pour avouer à voix haute nos imperfections. Aujourd’hui serait un bon jour pour assumer et dépasser tout ça.

Aujourd’hui, comme tous les autres jours : sera le jour parfait pour s’aimer d’être imparfait. Et ce serait ce vent de fraicheur dont nous manquons tant, parfois.

Très belle journée d’imperfection à vous : vous êtes magnifiques quand vous êtes toutes (s) craquelées (és) 😉

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8 Comments

  1. Emilie

    Touchée, très touchée (mais pas coulée, ouf !).

  2. Oh ! Comme j’ai adoré te lire Marie Grain De Sel !!!

  3. Moi le doute c’est mon double. Il me.suit partout. Tout le temps. Sur tous les sujets. C’est épuisant.
    Alors que je réussis quand même dans quelques domaines (uhuhuhu) je doute tout le temps de mes.choix. je perds un temps fous. Je me dévalorise.
    Bref je suis pleine de doutes à ne pas en douter 😉

    • Marie Grain de Sel

      Oui mais yen a qui disent que le doute est le signe de notre intelligence (cf. un philosophe, jadis). Nous serions donc suprêmement brillantes, Sabine, et ça, c’est beau 😉

  4. C’est capital de se pardonner… Je trouve que c’est très paradoxal car dans mon cas c’est en acceptant et pardonnant les zones d’ombre/les zones faibles, que le meilleur a pu se révéler encore plus !

    • Marie Grain de Sel

      Oui je suis d’accord avec toi. Et d’ailleurs, ces zones d’ombre contiennent de belles choses, je crois. Se pardonner, c’est laisser tout ça vivre, et en bien 😉

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