Je vais droit à l’échec 

… Et j’aime bien ça.

Pendant longtemps, ma vie devait être une performance générale.
Tout devait être parfait. Tout devait être bon.
Du premier coup.
Chose improbable…
J’étais la première à dire : « non mais tu ne peux pas toujours tout réussir du premier coup ! Tout prend du temps. Vas-y par étapes : apprends en faisant »

Blablablablabla.

Je suis meilleure conseillère qu’ « appliquante » : comme souvent, lorsqu’on fait un métier de conseil et de service.
Le coup du cordonnier.

Je voulais tout réussir du premier coup parce que je suis née dépourvue du gène de la patience.
Par contre le gène de « j’ai peur qu’on ne m’aime pas », je l’ai choppé : chouette.

Faire par étapes, accepter de se tromper. C’était trop d’efforts pour moi : d’une part parce que ça voulait dire prendre mon temps. Beurk.
Et d’autre part parce que ça voulait dire que les gens allaient voir que je n’étais pas parfaite. Et donc, personne n’allait m’aimer. Horreur, panique.

Sauf que (car oui, il y a un sauf que)… Ma vie était relou.
La perfection est aussi improbable que l’infaillibilité.
Et surtout : elle est fatiguante.

Et puis deux ou trois évènements de la vie m’ont mis la puce à l’oreille.
Je ne sais pas si c’est la fois où j’ai eu 9/20 à un contrôle d’anglais sur les verbes irréguliers, mon année de prépa où je suis passée de 3 à 11/20 en commentaire de texte littéraire (en français cette fois), si c’est en apprenant à surfer ou en rencontrant des gens qui m’ont aimé pour mes défauts davantage que pour ce que je prenais chez moi pour des qualités… Je ne sais pas ce qui s’est passé.
Toujours est-il que dernièrement, j’ai eu une idée de conférence.
J’hésitais entre plusieurs sujets. Je me suis demandé comment faire, si l’un fonctionnait davantage que l’autre (horreur, panique, sueur dorsale).

Et puis j’ai ri, comme si j’étais une meuf cool.

Parce qu’au fond : on s’en fout. Probablement qu’un des sujets ne fonctionnera pas. Probablement qu’aucun de mes sujets ne trouvera son public.
Mais… pour avoir la réponse à ça : il faut que je le fasse.
Alors j’ai tranché : je traiterai de TOUS les sujets qui m’inspirent.
Pour réussir à trouver, il faut que je passe par tout ce qui « ne marche pas ».

Pour réussir, il faut que j’échoue.

Alors j’ai rigolé comme une meuf cool et j’étais ravie d’organiser la première rencontre en optant pour un sujet plutôt que l’autre… et en me disant que j’allais à l’échec.

Il FAUT aller à l’échec.
Sinon je serai encore à réfléchir au meilleur sujet de discussion du monde en 2025 et il n’y aura plus personne pour venir parler avec moi : parce que j’aurai passé trop de temps et trop d’énergie à ne rien faire afin d’être certaine de faire quelque chose de parfait.

Perdre tout son temps à ne rien faire pour faire quelque chose de parfait.

Ça n’a aucun sens… Je sais, je sais : si vous aussi vous avez le gène du perfectionnisme, vous trouvez sans doute que tout ça est parfaitement sensé.
C’est juste que ça ne mène nulle part.

Moi j’ai lâché l’affaire.
J’ai appris à surfer parce que j’ai foncé droit sur des vagues qui allaient à coup sûr me retourner la tête. Et elles m’ont retournée : moi, et ma planche avec, d’ailleurs…
Je joue du piano parce que je sais que pour jouer le morceau il faut d’abord le déjouer, le mal jouer, être médiocre. Puis grandir, parce qu’on apprend.
J’ai trouvé plus d’amour que je n’en espérais après avoir plongé tête la première dans des relations qui en étaient dépourvues. Et je me suis pris des murs. Jusqu’à ce que je trouve les bonnes portes (tiens, elle est pas mal celle-là).

Mon entreprise a grandi grâce au 1% de mes idées qui ont fonctionné.
Tout le reste, ce sont 90% de choses que je n’ai pas osé faire : ça n’avait pas l’air assez parfait. Hum…
Et 9% d’échecs que j’ai provoqués : parce qu’en échouant, j’ai pu comprendre, apprendre.
Et surtout, en échouant j’ai peaufiné « mon art », en arrivant tout naturellement à ce 1%, qui est la crème de la crème : et que je vends.

Tout dépend toujours d’un rapide calcul des risques. Moi, je calcul le moins possible.

Un toit sur la tête, l’intégrité et la sécurité, à manger pour mes enfants. Mon minimum est là. Point trop de calcul : puisque plus je calcule, plus je cherche l’exactitude et la perfection (deux choses dont la nature est totalement dépourvue, alors pourquoi chercher, hein ?)

Pour le reste, et en tout dans la vie (en TOUT, je dis bien) : je vais droit à l’échec.

Et je commence à y prendre un goût énorme.
Déjà parce que c’est plus reposant que la quête de performance, que j’ai fini par trouver complètement débile.
Ensuite parce que ça veut dire que j’ai accepté que je ne serai JAMAIS parfaite (libération).
Enfin, et je ne le répèterai jamais assez : parce que ce n’est pas pour le regard des autres ni pour leur amour que je vis…. Mais pour et par mon amour à MOI. Bim.
Quand vous avez ça, vous avez tout.

Alors allons échouer, avec plein d’amour, un enthousiasme à toutes épreuves : mais allons droit à l’échec. Parce que c’est là que viendront les plus belles surprises !

Alors une pensée pour vous tous.
Faisons bien de la merde cette semaine : et kiffons comme des petits fous.

Très bonne semaine à vous !

Marie-Haude

PS : ici, je n’invente rien. Ce dont je parle, c’est de l’approche « lean ». Faire toujours, échouer vite, pour réussir vite. Le lean quoi. C’est juste que j’ai mis du temps à m’y faire.

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